2 juillet 2015
La saga E.T.
Par: Martin Bourassa
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En donnant le feu vert à la démolition de l’usine E.T. Corset, nos élus espèrent bien davantage que de raser le plus vieux vestige industriel de Saint-Hyacinthe. Ils espèrent aussi mettre le couvercle sur la controverse dans laquelle baigne ce dossier depuis plusieurs années déjà. Une polémique qu’ils ont alimentée eux-mêmes avec des décisions ou des omissions (de parenté!) discutables.

Disons-le franchement, ce dossier a été mené avec un degré d’improvisation rarement vu, et ce, depuis la toute première heure.

Dès le départ, la décision prise par l’ancienne administration Bernier d’imposer une réserve foncière sur le site des anciennes usines Goodyear et E.T. Corset sortait de nulle part, même si l’idée de reconvertir cet espace en gare intermodale ou en stationnement incitatif pouvait avoir un certain sens. Sauf que la Ville n’a rien fait, ou si peu, pendant quatre ans pour donner suite à ses intentions.

Tant et si bien que la réserve a finalement été levée et le projet abandonné.

Menacée de poursuite judiciaire par le propriétaire de la Goodyear, la Ville s’est finalement entendue avec lui sur un projet de redéveloppement du site.

Un projet qui, on s’en rend maintenant compte, exigeait que l’on fasse table rase du passé. Malgré quelques objections formulées par les amoureux du patrimoine, la Goodyear a d’abord été détruite. Suite logique, le processus de démolition de l’E.T. Corset s’est ensuite discrètement mis en branle l’hiver dernier. Quelques opposants, dont le Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, sont montés aux barricades. Une pétition a eu un effet certain. Un promoteur de Granby a même plaidé en faveur d’une rénovation complète. Ces opposants se sont cependant essoufflés rapidement et ils n’auront finalement réussi qu’à retarder l’échéance.

Lundi, nos élus ont scellé le sort de la E.T. Corset en autorisant sa démolition conditionnelle. Pour se donner bonne conscience, il faut savoir que la Ville avait commandé une étude de sauvegarde partielle du vétuste bâtiment, en se gardant bien de demander à des experts de se prononcer sur une possible sauvegarde et rénovation complète du bâtiment. Avait-on peur du résultat à ce point?

Finalement, on croit comprendre que seul le pignon de la tour principale sera épargné et replacé sur une tour qui sera fortement inspirée de l’ancienne.

Bref, une pâle reproduction qui n’aura plus aucune valeur historique.

Autant dire que les dés étaient pipés d’avance. C’est ce qui laisse un désagréable arrière-goût dans la bouche quand on analyse ce dossier. Je parle du parti pris évident du conseil, voire de l’administration municipale envers l’attrait du neuf, de la haute densité et de la revitalisation non pas à tout prix, mais à gros prix.

Mince consolation, nos élus ont tout de même eu la sagesse de rendre la démolition conditionnelle au changement de zonage. Il aurait été assez scandaleux de détruire cet immeuble sans avoir l’assurance que le projet de remplacement pourrait se faire selon les règles et les usages établis, et avec l’accord du voisinage immédiat.

Restera ensuite et surtout à savoir si les acheteurs ou locataires potentiels seront nombreux à souhaiter s’installer dans le projet immobilier articulé et vendu autour du concept américain de transit-oriented development (TOD). Si le promoteur s’obstine dans cette direction, on pourra l’accuser de faire de la publicité trompeuse.

Maintenant que l’on sait que le train de banlieue ne se rendra jamais aux portes du centre-ville et vu l’état du transport collectif et des services de proximité dans ce secteur, l’argument de vente du TOD ne tient définitivement plus la route.

La proximité de la voie ferrée n’a aucun charme. Il faudra gommer cet irritant et détourner l’attention des acheteurs potentiels en offrant un produit de grande qualité à un prix concurrentiel. Le défi n’est pas si simple. Mais au terme de cette interminable saga, il serait extrêmement dommage de reproduire l’erreur faite au centre-ville avec le fameux projet de condos qui n’a jamais eu de suite devant le Marché public.

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