29 juin 2017
Carte blanche
La vertuosité
Par: Christian Vanasse

Fallaitêtre dans un profond coma pour ne pas avoir entendu parler du scandale patenté de la parade de la St-Jean. Mais les branchés des médias sociaux, chaque seconde à l’affût de la faute, l’ont vu au moment même où ça se passait et paf! La nanoseconde d’après, le monde entier était au courant que le Québec traitait ces jeunes noirs en esclaves, leur faisant pousser un char sur lequel une princesse blanche chantait « Gens du pays » à répétition. Quels racistes ces Québécois! Surtout les nationalistes. Ouache. Vous ne verriez pas ça le 1er juillet. Oh, no. 

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Les organisateurs se sont défendus. Ils voulaient représenter la diversité montréalaise, les jeunes étaient volontaires et membres d’une équipe sportive, c’est un malheureux hasard. Il y avait d’autres chars où des noirs étaient tirés par des blancs, mais qu’importent les explications ou les raisons. Le mal était fait. Le chef du parti libéral, Philippe Couillard, a dit comprendre les nobles intentions des organisateurs, mais, ajouta-t-il : « … l’important, c’est ce qui est perçu ». Yes, sir! Qu’importe la vérité quand l’image, même mensongère, devient la vérité.

C’est ce qui me fascine le plus de ce « scandale ». L’habileté des politiciens à s’élever par la vertu au-dessus du méchant peuple. C’est même devenu un art : la « vertuosité ». Ça consiste à montrer à quel point nous sommes bons, progressistes et ouverts, mais sans jamais s’attaquer au fond du problème. Au fait, combien de représentants des minorités au conseil des ministres? Dans les grandes sociétés d’État? Et combien de chauffeurs de taxi avec des diplômes non reconnus?

C’est la grande force de la vertuosité. Elle permet de tout être, mais sans rien faire. Et ça permet de continuer à démoniser ses adversaires.

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