11 août 2011
Carte postale de Serge Fillion
La vie est douce à Castelnaudary
Par: Le Courrier
Serge Fillion est inspecteur de l'Éducation nationale en France.

Serge Fillion est inspecteur de l'Éducation nationale en France.

Il y a de ses gens frappés par l’appel du voyage. Certains plus que d’autres. C’est le cas de Serge Fillion, ce Valois d’origine qui fut pris en pleine nuit par l’idée enivrante de mettre le cap sur la France. Près de quarante ans après avoir mis les pieds sur le vieux continent pour la première fois, il s’y trouve toujours, tout au sud, dans un petit coin de paradis nommé Castelnaudary.

« J’avais 18 ou 19 ans. C’est venu comme un flash. Je n’en ai pas dormi de la nuit, précise-t-il en se rappelant l’idée soudaine et saisissante de son périple dans l’Hexagone. Pour moi, la France, c’était vivre la culture et l’histoire qui me passionnaient comme je n’avais jamais pu les vivre jusque-là. »

Né à Acton Vale, au sein d’une famille de 17 enfants, Serge Filion a grandi dans un univers de chasse et de pêche auquel il ne s’est jamais vraiment identifié. Son imaginaire l’amenait loin vers d‘autres horizons. Il est d’abord parti un an à Paris, où il a partagé l’appartement d’une jeune femme qu’il ne connaissait pas à son arrivée, mais qu’il a finalement épousée quatre ans plus tard. De retour au Québec pour compléter sa formation et débuter sa carrière en enseignement, il est tenaillé par l’appel du vieux pays. Il s’envole pour Lyon au début des années 80, début d’un long séjour pendant lequel il deviendra Français lui aussi. Il habite notamment à Cluny, où il ouvre le restaurant Québec Burger et s’implique dans la vie politique jusqu’à devenir maire adjoint. C’est pendant ces années qu’il jettera les bases de la Fédération des Sites clunisiens qui valorise le patrimoine historique légué par l’ordre de Cluny, le plus important ordre monastique du Moyen-âge. La Fédération regroupe aujourd’hui 1 200 prieurés clunisiens et rassemble des dizaines d’objets, dont certains ont traversé le temps depuis le XIIe siècle. Puis, après un retour à l’enseignement en France, Serge Fillion revient au Québec. Il complète une maîtrise et entame un doctorat qu’il ne terminera pas.« Le décalage culturel était trop grand. Quand j’ai quitté le Québec au début des années 80, on avait vingt ans d’avance sur la France à tous les niveaux. Quand je suis revenu en 2002, c’est le Québec qui était vingt ans en retard. »De retour chez les cousins français, Serge Fillion est aujourd’hui inspecteur de l’Éducation nationale dans la région de Castelnaudary, sous le chaud soleil du Midi. Il porte un regard plein d’amour sur le paysage qui l’entoure.

Le Grand Bassin

Castelnaudary est une ville de 12 000 habitants nichée entre Toulouse et Carcassonne, tout au sud de la France, à quelques kilomètres de la côte Méditerranéenne. La ville apparaît sur les premières cartes vers les années 1100, comme étant le « château neuf d’Arri ». Par conséquent, c’est pour son riche patrimoine qu’on y fait un détour et pour sa douce ambiance qu’on y revient.

Si Serge Fillion s’y sent chez lui, c’est qu’il y retrouve peut-être des repères de son pays d’origine. Castelnaudary est notamment l’homologue maskoutain de l’industrie agroalimentaire dans l’Hexagone. La région compte aussi parmi ses plus illustres citoyens Philippe de Rigaud de Vaudreuil, né en 1643 et mort en 1725, à Québec, après avoir été gouverneur de Montréal et gouverneur général de la Nouvelle-France. Parmi les panoramas splendides desquels il faut s’imprégner, M. Fillion propose la découverte du Canal du Midi, pierre angulaire de l’histoire et du développement de la ville telle qu’on la connaît aujourd’hui. Creusé entre 1666 et 1681 à la demande du roi Louis XIV, le Canal relie par une voie navigable l’océan Atlantique à la mer Méditerranée en rejoignant le Canal de Garonne à Toulouse. D’abord construit pour favoriser le commerce du blé, il constitue aujourd’hui une attraction internationale, particulièrement depuis qu’il a été classé au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO en 1996. C’est à la demande des habitants de Castelnaudary que les concepteurs du Canal y construisirent le Grand Bassin, qui fait aujourd’hui la renommée de la ville. Le plan d’eau s’étend sur sept hectares devant le coeur de la cité, offrant des points de vue imprenables. « On peut y admirer, d’un côté, les écluses de Saint-Roch, qui donnent un aperçu des techniques utilisées dans la conception du Canal et, de l’autre, l’île de Cybèle qui protège le port du vent », note M. Fillion.

Les beans françaises

Castelnaudary s’enorgueillit aussi d’être la Capitale mondiale du cassoulet, un ragoût composé de haricots blancs et de viande de canard, de mouton ou de porc.

« La légende veut que le cassoulet ait été préparé pour la première fois à Castelnaudary pendant la guerre de Cent Ans, raconte M. Fillion. Assiégés par les Anglais, les habitants auraient rassemblé toute la nourriture disponible et préparé ce ragoût pour donner la force aux troupes de libérer la ville. »Dans les faits, c’est drôlement similaire aux fèves au lard du Québec, le sirop d’érable en moins. « Il faut forcément que les deux plats partagent certaines origines, tellement la ressemblance est frappante avec nos beans », ajoute-t-il.À Castelnaudary se tient donc inévitablement la Fête du cassoulet, tous les étés, rendez-vous gastronomique obligé des locaux et des touristes. Comme partout en France, la nourriture occupe une place importante dans la vie des habitants de Castelnaudary qui profitent des étales du marché pour discuter de l’actualité.« En France, manger, ce n’est jamais banal. C’est toujours une occasion. Et personne ne prend le dîner sans son quart de vin. Même dans les écoles, le personnel accompagne son repas de vin pendant la pause du midi, alors qu’il mange à côté des élèves. Ce serait inimaginable au Québec. En France, l’alcool est bienfaisant. C’est la beauté, la fête, la vie. »Et à deux euros la bouteille, l’idée de mettre le cap sur la France comme Serge Fillion semble, en effet, plutôt enivrante.

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