9 avril 2015
La Ville a changé son fusil d’épaule
Par: Benoît Lapierre

En ne s’opposant pas à la destruction de la vieille manufacture E.T. Corset, ­datant de 1892, le comité de démolition de la Ville de Saint-Hyacinthe a adopté une position qui va à l’encontre d’une orientation prise par la municipalité il y a six ans à peine.

Reconnaissant la valeur patrimoniale de l’ancienne fabrique de corsets sise à l’angle des rues Laframboise et Delorme, la Ville avait alors annoncé son intention de la protéger en s’en portant elle-même acquéreur.

C’était en juin 2009, au moment de la constitution d’une réserve foncière pour fins publiques à même les vieux ­immeubles industriels E.T. Corset, ­Goodyear et Les Orgues canadiennes en attendant la création, à deux pas de la gare, d’un stationnement incitatif pour les utilisateurs du transport collectif.

Le projet de stationnement visait tout cet emplacement de 12 938 mètres ­carrés, à l’exception de la propriété E.T. Corset, sise au 1650-1700 boulevard ­Laframboise. Dans son communiqué ­annonçant la réserve foncière, la Ville soulignait que cet édifice « aurait ­avantage à être conservé notamment pour son caractère architectural ­particulier ». Elle évoquait la possibilité de récupérer le bâtiment aux fins de ­gestion du transport en commun.

Constituée pour une période de deux ans, la réserve foncière ne pouvait être ­renouvelée que pour deux années ­additionnelles, ce qui fut fait en mai 2011. Lorsque cette prolongation a ­expiré, en juin 2013, le projet de train de banlieue n’avait pas beaucoup progressé et la Ville a renoncé à aménager un ­stationnement de 300 cases sur les deux propriétés visées, c’est-à-dire la Goodyear et Les Orgues canadiennes.

Estimant avoir été lésé par la réserve ­foncière et son effet de gel, le propriétaire de la Goodyear, Stéphane Arès, a par la suite intenté une poursuite de 472 000 $ contre la Ville de Saint-Hyacinthe tout en projetant la démolition de ce qui restait de l’usine, sa vieille section avec son toit à ­redans. En décembre 2013, le comité de démolition a autorisé l’émission du ­permis demandé, après quoi les derniers vestiges de la Goodyear sont disparus en janvier 2014. Quelques semaines plus tard, le 31 mars 2014, la Ville concluait un pacte de 490 000 $ avec le promoteur Arès par ­lequel elle allait défrayer, entre autres, les coûts d’un plan d’aménagement du ­secteur. C’est la mise en oeuvre de ce plan qui a donné lieu au projet d’acquisition de la E.T. Corset par Stéphane Arès pour la réalisation de bâtiments résidentiels tout neufs, comme sur le site Goodyear.

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