16 janvier 2020
Projet Exceldor à Saint-Hyacinthe
La Ville cherche le bon « plan B »
Par: Benoit Lapierre

Ayant échoué dans sa tentative pour faire exclure 23,64 ha du domaine agricole en vue de l’implantation d’une usine Exceldor de 200 M$ dans un parc industriel Olivier-Chalifoux agrandi, la Ville de Saint-Hyacinthe travaille à un « plan B » qu’elle n’est pas encore prête à rendre public.

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Ce plan sera malgré tout mis en œuvre dans un proche avenir, affirme le maire Claude Corbeil. « Ça va se faire rapidement. La firme Exceldor a le mérite d’être patiente, mais il y a une limite à la patience », a-t-il confié au COURRIER à propos de la suite à donner au dossier.

Une première étape a été franchie le 30 décembre, à l’initiative de la députée de Saint-Hyacinthe, Chantal Soucy. À la suite de la décision rendue par la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) le 17 décembre de refuser l’exclusion demandée, la députée Soucy avait convié les représentants de la Ville et de l’Union des producteurs agricoles (UPA) à prendre part à une rencontre à son bureau de Saint-Hyacinthe.

Outre Mme Soucy, le maire Corbeil et le directeur général de la Ville, Louis Bilodeau, il y avait là Robert Racine, directeur de l’UPA Montérégie, Christian Saint-Jacques, président régional, Charles-Félix Ross, directeur général de l’UPA, et le président de l’UPA, Marcel Groleau.

« La rencontre a été cordiale, on voulait voir avec eux les possibilités de dénouement dans ce dossier. En résumé, l’UPA défend le territoire agricole, elle n’ira pas plus loin que ça et, de son côté, on ne trouvera d’appui nulle part », a indiqué le maire Corbeil, tout en évoquant la possibilité qu’une nouvelle demande soit adressée à la CPTAQ pour le même emplacement.

Dans ce cas, la Ville pourrait-elle modifier son approche et tenter d’échanger le site de 23,64 ha du parc Oliver-Chalifoux contre les 38 ha jouxtant le parc industriel Théo-Phénix que l’UPA avait sortis de son chapeau devant la CPTAQ? L’UPA soutient que la Ville détient un droit acquis d’utilisation industrielle de cet espace agricole et qu’il s’agit donc, à ses yeux, du site de moindre impact pour l’agriculture.

Retourner les 38 ha à la zone agricole permanente en échange de l’exclusion des 24 ha convoités depuis le début, ne serait-ce pas là le « plan B » étudié par la Ville pour un possible retour devant la CPTAQ?

Le maire Corbeil n’a pas vraiment répondu à cette question. Il s’est contenté de répéter qu’il demeurait hors de question d’agrandir le parc industriel Théo-Phénix pour accueillir le projet Exceldor, une usine de transformation de volaille, d’abord en raison des enjeux de biosécurité découlant de la présence de meuneries à proximité. « Shur-Gain se trouve à 250 m du site, Trivia [Côté-Paquette] à 350 m et les installations de Jefo à 1500 m », a-t-il fait valoir.

Il a aussi rappelé que les 38 ha de terre arable étaient partiellement utilisés par l’École professionnelle de Saint-Hyacinthe. « La Commission scolaire s’en sert pour former des jeunes à l’agriculture, et je pense que c’est louable. » Il a ajouté que la desserte du site en infrastructures coûterait 6,8 M$, contre 1,6 M$ au sud, par la rue Charles-Gilbert projetée, et que l’expansion du parc industriel Théo-Phénix empêcherait celle du parc Les Salines. « On se retrouverait avec un parc régional ceinturé par des activités industrielles et ce n’est pas ce qu’on veut. »

Si la Ville ne dépose pas une autre demande d’exclusion à la CPTAQ dans ce dossier, il ne lui reste que deux options : ou elle demande à la Commission – dans les meilleurs délais – de réviser sa décision du 17 décembre, ce que la loi lui permet de faire, ou elle interjetait appel de la décision devant le Tribunal administratif du Québec dans les 30 jours. Elle pouvait donc le faire jusqu’au 16 janvier au plus tard, délai qui se termine aujourd’hui même.

« L’UPA défend le territoire agricole, […] de son côté, on ne trouvera d’appui nulle part. »

– Claude Corbeil

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