13 décembre 2018
La zone « centre-ville riveraine » imposée aux Maskoutains
La Ville écarte les citoyens de ses choix
Par: Benoit Lapierre

Sur ce croquis réalisé par les penseurs de l’aire d’affectation « centre-ville riveraine », on voit bien les édifices de six à huit étages alignés le long de la rivière. Du paysage existant, à l’est de Marguerite-Bourgeoys, plus rien ne subsiste.

À moins d’un improbable changement de cap du conseil municipal, les Maskoutains vont se retrouver dans quelques jours devant un fait accompli : la Ville de Saint-Hyacinthe adoptera, le 17 décembre, un plan de développement qui ouvre la porte à des transformations physiques majeures au centre-ville, au terme d’une procédure que ne nécessite aucune approbation des citoyens.

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Dans la nouvelle aire d’affectation « centre-ville riveraine », pas moins de huit zones résidentielles haute densité seront créées le long de la rivière Yamaska, derrière le Centre des arts Juliette-Lassonde, pour y permettre la construction d’édifices de six à huit étages à même le stationnement public. Dans trois autres nouvelles zones, le bâti existant pourra faire place à des constructions de quatre à cinq étages.

Ces changements de zonage surprises ne sont assujettis à aucun processus d’approbation référendaire parce que la Ville a trouvé un moyen astucieux de remodeler le centre-ville à l’aide de son règlement d’urbanisme sans avoir à obtenir au préalable l’approbation des citoyens concernés.

Plan d’urbanisme

Au lieu de modifier le zonage de la façon habituelle, avec un projet de règlement susceptible d’être contesté, elle a opté pour une modification de son plan d’urbanisme, entré en vigueur en 2010, plus précisément en ce qui a trait à diverses dispositions touchant le centre-ville. Dans le cas d’une modification du plan d’urbanisme, la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme ne prévoit aucune forme de consultation des citoyens sur les changements projetés.

C’est ce que la greffière de la Ville de Saint-Hyacinthe, Hélène Beauchesne, a expliqué à une citoyenne – Chantal Goulet, candidate à la mairie en 2017 – qui s’était adressée à la Ville le 4 décembre pour savoir comment elle devait s’y prendre pour déposer une demande d’approbation référendaire de deux projets de règlement qui ont fait l’objet d’avis publics dans l’édition du COURRIER du 29 novembre. Le premier annonçait la modification du plan d’urbanisme, tandis que le second portait sur le règlement de concordance destiné à harmoniser le règlement d’urbanisme aux changements apportés dans le plan.

« Les plans d’urbanisme, leur modification ou leur révision ne sont pas sujets à l’approbation des personnes habiles à voter. Il n’y a pas d’ouverture de registre à leur égard », a-t-elle répondu le jour même dans un courriel, ajoutant qu’il en était de même des règlements de concordance à un plan d’urbanisme.

Dans ce cas-ci, comme le mentionne Me Beauchesne dans sa lettre, la seule obligation de la Ville envers les citoyens est la tenue d’une assemblée publique de consultation sur les projets de règlement, laquelle aura lieu avant leur adoption à la séance du conseil du 17 décembre.

Chantal Goulet ne s’attendait pas à pareille réponse et elle n’est pas encore revenue de sa surprise. « C’est une procédure que je ne connaissais pas. Mais tout ça arrive parce que le plan d’urbanisme aurait dû être revu depuis longtemps. Là, c’est n’importe quoi, il n’y a aucune réflexion et ils n’écoutent personne. Ce qu’ils font là n’est pas intelligent, ils sont en train de détruire le centre-ville. De quoi aura l’air Saint-Hyacinthe dans 10 ans? Le centre-ville, ce n’est pas autre chose que le patrimoine et la rivière, et il faut que ça reste. »

Devant ce qui se passe, elle se demande aussi pourquoi le maire Claude Corbeil tient tant à relancer le comité Chantier centre-ville. « Mais de quoi ces gens-là vont-ils parler, si tout a été décidé d’avance? », questionne-t-elle.

La Promenade d’abord?

Le projet présenté par la Ville comme étant celui de la future promenade Gérard-Côté, au bord de la rivière, comporte donc un important volet immobilier dont l’ampleur n’a pas été expliquée lors de la soirée d’information du 7 novembre au Centre des arts Juliette-Lassonde.

Les représentants de la Ville ont même omis de mentionner que le concept prévoyait la construction d’édifices pouvant comporter jusqu’à huit étages, et non pas seulement de quatre à six étages. Ils n’ont pas précisé non plus que le projet allait faire l’objet d’une modification du plan d’urbanisme et que le tout serait ficelé dans la réglementation avant la fin de l’année 2018.

Mais les croquis dévoilés ce soir-là en ont inquiété plusieurs, dont Françoise Pelletier, une membre du sous-comité sur le centre-ville du Comité des citoyennes et citoyens pour l’environnement maskoutain (CCCPEM). En voyant le plan du secteur visé, elle a compris que sa demeure de la rue Saint-Amand était menacée de disparition.

« Je n’en ai pas dormi de la nuit, avoue-t-elle, se disant extrêmement déçue des orientations de la Ville en urbanisme. Il y a une complète dichotomie entre le discours et les réalisations. »

Dans le cas des travaux de la Promenade, la Ville paraît moins pressée que pour le reste. Dans le dernier bulletin municipal, elle annonce que le conseil souhaite amorcer « la phase 1 de la Promenade avec la Place des spectacles d’ici la fin du présent mandat ».

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