13 septembre 2018
Cryptomonnaie
La Ville indifférente à Bitfarms
Par: Jean-Luc Lorry
L’entreprise Bitfarms, spécialisée dans les centres de calcul pour le marché de la cryptomonnaie, a tenté en vain de se faire connaître auprès de la Ville de Saint-Hyacinthe.  Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

L’entreprise Bitfarms, spécialisée dans les centres de calcul pour le marché de la cryptomonnaie, a tenté en vain de se faire connaître auprès de la Ville de Saint-Hyacinthe. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

L’arrivée chez nous en décembre 2017 de l’entreprise Bitfarms, qui se spécialise dans la conception et l’opération de centres de calcul destinés au marché de la cryptomonnaie, ne semble pas intéresser la Ville de Saint-Hyacinthe.

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En début d’année, LE COURRIER révélait qu’une « mine de bitcoins » opérée par cette jeune entreprise était installée dans l’un des parcs industriels de la Ville. Trois mois après cette publication, Bitfarms s’était manifestée directement auprès de l’Hôtel de ville.

Selon nos informations, en avril dernier, l’entreprise a contacté la direction des communications de la Ville de Saint-Hyacinthe pour connaître l’intérêt de la municipalité pour une rencontre destinée à expliquer les activités de Bitfarms et présenter ses installations.

En réponse à cette initiative, la Ville a proposé aux dirigeants de l’entreprise d’organiser rapidement une rencontre avec le maire de Saint-Hyacinthe accompagné du directeur général de Saint-Hyacinthe Technopole. Cette proposition est cependant restée sans suite du côté de la municipalité.

« Le maire Corbeil a effectivement reçu un courriel de courtoisie [de Bitfarms] qui n’est pas allé plus loin. Nous recevons un volume important de sollicitations qui ne donnent pas forcément lieu à une rencontre », a expliqué Brigitte Massé, directrice des communications à la Ville de Saint-Hyacinthe.

Lors d’un reportage sur l’entreprise Bitfarms paru dans notre précédente édition, LE COURRIER avait questionné le directeur général de Saint-Hyacinthe Technopole, André Barnabé, sur cette nouvelle entreprise installée dans le parc industriel Olivier-Chalifoux.

« Personne n’a été approché chez nous, pas plus qu’à la Ville de Saint-Hyacinthe », nous avait-il mentionné. Interrogé cette semaine sur l’existence de cette correspondance entre la Ville et Bitfarms impliquant Saint-Hyacinthe Technopole, André Barnabé nous a assuré ne pas avoir eu vent de cet échange de courriels.

Même si son organisme connaissait l’existence de cette entreprise nouvellement installée sur le territoire, ce dernier n’a jamais entamé de démarches en vue de rencontrer sa direction.

Financée en partie par la Ville, Saint-Hyacinthe Technopole est une corporation privée dont l’un des mandats est le développement des parcs industriels situés dans le périmètre de la municipalité.

Chez Bitfarms, le directeur des relations publiques, Bahador Zabihiyan, nous a mentionné ne pas avoir recontacté la Ville pour savoir si sa proposition initiale avait sombré dans l’oubli.

Usage et permis

Locataire d’un espace industriel d’une superficie de 40 000 pieds carrés dans l’ancienne usine Kimberly-Clark, Bitfarms devra se conformer à la réglementation municipale.

Cette entreprise opère un centre de calculs sans détenir de certificat d’occupation, un document obligatoire avant tout démarrage de nouvelle activité commerciale ou industrielle sur le territoire de la Ville. Ce certificat indique les usages ou activités autorisés en vertu du règlement de zonage.

Pour installer un mur composé d’environ 7 000 supercalculateurs, Bitfarms a aussi procédé à divers travaux d’aménagement sans détenir de permis, selon la porte-parole de la Ville de Saint-Hyacinthe. Par exemple, l’entreprise avait mis en place d’immenses persiennes destinées à faire entrer l’air extérieur pour diminuer la chaleur importante diffusée par des milliers de microprocesseurs qui fonctionnent 24 heures sur 24.

Dernièrement, le Service de l’urbanisme s’est présenté sur les lieux afin d’obtenir divers documents, comme des plans d’architecture, en vue de classifier l’usage de ces activités.

Cette démarche pourrait enclencher un processus de modification réglementaire en raison de l’aspect innovant de cette industrie en lien avec la cryptomonnaie.

« Le Service de l’urbanisme est en communication étroite avec les responsables de l’entreprise à la fois pour la question de l’usage, mais également pour un éventuel permis pour travaux. Tout cela fait partie de la même démarche menée par le Service de l’urbanisme. La situation devrait connaître sa conclusion dans les prochains jours », indique Mme Massé.

Lors de la prochaine assemblée publique du conseil, le dossier Bitfarms pourrait être porté à l’ordre du jour.

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