25 janvier 2018
Rapports sur le Marché public
La Ville ne dévoile pas tout
Par: Benoît Lapierre
La Ville de Saint-Hyacinthe refuse de fournir certaines informations contenues dans le « carnet de santé » du Marché public produit par Beaupré Michaud en septembre 2014.  Photo François Larivière | Le Courrier ©  h

La Ville de Saint-Hyacinthe refuse de fournir certaines informations contenues dans le « carnet de santé » du Marché public produit par Beaupré Michaud en septembre 2014. Photo François Larivière | Le Courrier © h

La Ville de Saint-Hyacinthe gardera pour elle certaines informations dans le dossier de la réhabilitation de son vieux Marché public (1876-1877), une opération qui doit se solder, entre autres, par le remplacement complet du parement de briques original au cours de l’année 2018.

En réponse à une demande d’accès à certains documents dans le dossier, la Ville a notamment transmis au COURRIER le rapport final de septembre 2014 de la firme Beaupré Michaud et Associés, Architectes, le bureau qui avait été mandaté à l’été 2013 pour dresser le « carnet de santé » du Marché public en vue de la planification des interventions nécessaires.
Cependant, certains passages du document de 38 pages ont été noircis, et c’est le cas de quelques lignes qui se trouvaient sous la rubrique « Recommandations », à la toute fin du document. La plupart des estimations ont aussi été caviardées.
Dans sa lettre accompagnant l’envoi, la greffière et responsable de l’accès à l’information à la Ville, Me Hélène Beauchesne, explique que les recommandations en question ont été retranchées en vertu de l’article 37 de la Loi sur l’accès aux documents publics et sur la protection des renseignements personnels. « Ce document contient des recommandations faites par des firmes d’experts depuis moins de 10 ans à la demande de la Ville de Saint-Hyacinthe », argumente-t-elle en s’appuyant sur l’article en question, lequel permet à l’organisme de refuser l’accès en pareil cas.
Dans leur description des murs extérieurs en maçonnerie, à la page 16, les auteurs du carnet de santé se disent toutefois d’avis que le parement de briques a atteint sa durée de vie utile, considérant aussi « les désordres importants qu’il présente dans la partie haute du mur » et « l’oxydation avancée des attaches métalliques qui retiennent le parement au corps du mur. » Ils recommandaient donc le remplacement du parement à l’aide d’une brique « expressément fabriquée pour la restauration des immeubles du XIXe siècle, avec de légères irrégularités dans le format. » Dans un premier rapport daté de septembre 2013 dont la Ville avait déjà transmis un extrait au COURRIER, ils proposaient une autre solution, soit une opération de rénovation consistant à décaper, déjointoyer, rejointoyer et repeindre le mur, le tout à un coût estimé à 91 125 $, au lieu de 364 500 $ pour la démolition et le remplacement.
Comme à la page 16 de leur rapport de 2013, les auteurs du carnet de santé répètent en septembre 2014 qu’« étonnamment, les briques de parement sont posées sans boutisses », c’est-à-dire sans briques d’attache aux deux rangs de brique intérieurs formant le corps du mur.
Sur ce point, le bureau Beaupré Michaud est toutefois contredit par un ingénieur en structure, Luc O’Neill, lequel a également examiné le bâtiment pour la Ville. À un point de presse tenu le 30 novembre à l’hôtel de ville dans le dossier, l’ingénieur O’Neill avait confirmé la présence d’un certain nombre de boutisses autour des fenêtres de l’étage. On pourrait en conclure que l’enveloppe du Marché est plus solidement arrimée aux deux rangs de brique arrières que par de simples « attaches en feuilles de métal en forme de queues d’aronde » compensant l’absence de boutisses, tel que mentionné dans le rapport final de Beaupré Michaud.
Tentant d’obtenir le meilleur éclairage possible dans ce dossier, LE COURRIER a aussi demandé à la Ville de lui fournir le mandat qui a été donné à ce bureau à l’été 2013, de même que l’avenant qui en a précisé la portée à la fin d’août 2014.
Comme les autres conseillers municipaux, Jeannot Caron, du district Cascades, a eu accès à tous les rapports et recommandations dans ce dossier, sauf le mandat qui a été confié à Beaupré Michaud et l’avenant qui l’a modifié un an plus tard. À la lumière des renseignements qui lui ont été communiqués, il reste convaincu que la peinture rouge appliquée sur la brique lors des travaux de 1984 a causé des dégâts tels que le remplacement du parement constitue aujourd’hui la seule solution durable.

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