20 décembre 2012
Projet des trois glaces
La Ville vante les vertus du privé
Par: Le Courrier

L’arrivée de l’entreprise privée dans un champ de compétence traditionnel de la Ville de Saint-Hyacinthe a suscité passablement de questions mardi soir à la séance d’information de plus de trois heures sur le projet des trois glaces du groupe Syscomax (Isatis Sport).

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« Il y a un attachement institutionnel dans le fait que la Ville détienne les installations sportives », a soutenu le Maskoutain Guy Duhaime durant la période des questions.

Parmi la centaine de citoyens qui avaient pris place dans la salle Desjardins du Centre des arts Juliette-Lassonde, personne, à une exception près, n’a manifesté d’enthousiasme face au projet privé de 15 millions $ qui pourrait être mis en chantier dès octobre 2013 sur le site du Pavillon de la Jeunesse – il serait démoli – si le conseil municipal donne bientôt son aval au projet.C’est plutôt devant un auditoire dubitatif que le directeur général de la Ville de Saint-Hyacinthe, Louis Bilodeau, a expliqué le projet dans son ensemble, s’employant surtout à vanter les mérites du concept que le groupe Syscomax souhaite implanter à Saint-Hyacinthe, maintenant qu’il a réalisé un complexe identique de trois glaces à Chambly et que deux autres sont en chantier à Saint-Constant et Mirabel.M. Bilodeau a insisté sur le fait qu’en choisissant cette option pour obtenir la quatrième glace dont le besoin se fait sentir depuis plus de 10 ans, la Ville économiserait 11 millions $ en projets d’infrastructures. « Ça a éveillé l’intérêt du conseil », a-t-il souligné. Il a expliqué que sans le projet privé des trois glaces, la Ville devrait investir elle-même 7,5 millions $ dans la création d’une quatrième glace à côté de celle du Pavillon de la jeunesse, puis encore 7 millions $ dans l’aménagement d’une palestre de gymnastique (3,5 millions $) et de plateaux dédiés au judo, à la boxe et l’haltérophilie (3,5 millions $). Il y en aurait donc pour 14 millions $ à court terme, tandis qu’avec le projet Syscomax, la Ville pourrait se contenter de transformer l’aréna C.-A.-Gauvin en centre multisports au coût de 3,5 millions $ pour y loger les clubs de gymnastique, de boxe, de judo et d’haltérophilie.

Bail

En plus de signer avec Syscomax un bail emphytéotique de 60 ans au terme duquel elle deviendrait propriétaire du complexe, la Ville s’engagerait à louer un bloc de 3 300 heures de glace – le temps disponible dans un seul aréna – au coût de 300 $ l’heure durant les cinq premières années du contrat. Avec les heures disponibles au Stade L.-P-Gaucher, la Ville pourrait accommoder un peu tout le monde, le hockey mineur, les écoles et les clubs, sauf les ligues de hockey adultes. Seulement 30 % d’entre elles trouveraient place au stade L.-P.-Gaucher après un tirage au sort, une fois le projet privé complété. Car durant la période de construction – octobre 2013 à juin 2014 -, la répartition des heures de glace s’avérerait un joyeux casse-tête.

« On prend les ligues de garage en otage », s’est plaint Sylvain Robitaille, un citoyen qui, comme d’autres, sent venir des pertes d’acquis.« Ce sont nos vieilles pantoufles », a ajouté à ce propos Pierrot Arpin, faisant remarquer qu’avec son restaurant et son permis d’alcool, le complexe Isatis Sport allait interdire l’entrée de bière dans les vestiaires. Le complexe sera aussi doté d’une boutique spécialisée, ce qui fait tiquer des Maskoutains. « Des magasins de sport et des restos, on en a déjà pas mal de ça en ville », a fait remarquer Jeannot Caron.Plusieurs intervenants, dont Claude Marchesseault, ont dit trouver que la ViIle allait un peu vite en besogne avec ce projet privé, face auquel elle pourrait prendre une décision avant la fin de janvier. « Plusieurs s’inquiètent, ça crée beaucoup de préoccupations. Les gens se sentent bousculés (…). S’il vous plaît, prenez le temps qu’il faut, laissez aux gens le temps de digérer la dinde de Noël », a demandé M. Marchesseault. Selon un autre citoyen, Guy Rocherfort, un tel projet mériterait même la tenue d’un référendum populaire.

L’accord de la Société

En parlant des prochaines étapes à franchir, Louis Bilodeau a mentionné que la Ville devrait s’entendre avec la Société d’agriculture de Saint-Hyacinthe sur certains éléments du projet.

Selon une entente que la Ville a conclue avec la Société d’agriculture en 1975 en marge du projet du Pavillon de la Jeunesse, il serait même essentiel que la Ville obtienne avant tout l’accord de la Société. Cette entente stipule en effet qu’une fois que la Ville aura repris possession du Pavillon, 30 ans après sa construction (l’échéance venait en 2005), celle-ci ne pourra ni vendre, ni aliéner autrement le terrain et les bâtiments concernés, « à moins d’avoir obtenu le consentement écrit » de la Société d’agriculture, précise le document notarié.

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