15 avril 2021
La visite royale de 1951
Par: Le Courrier

La princesse Élisabeth et le prince Philip ont fait une brève visite en sol maskoutain le 5 novembre 1951. On les voit ici se tenir à l’arrière du train au moment de quitter la gare de Saint-Hyacinthe. Photo Collection Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, CH548 Raymond Bélanger

En hommage au prince Philip, duc d’Édimbourg, décédé le 9 avril, LE COURRIER publie à nouveau cette chronique du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe relatant son passage dans la région maskoutaine en compagnie de son épouse, la reine Élisabeth II.

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Vous ne le saviez peut-être pas, mais la reine Élisabeth II a déjà foulé le sol de Saint-Hyacinthe. Surprenant, n’est-ce pas? Cet événement assez particulier de l’histoire maskoutaine s’est déroulé à l’automne 1951. Le passage de la reine a eu lieu dans le cadre d’un voyage officiel qu’elle a effectué au Canada avec son mari le duc d’Édimbourg.

Depuis 1786, des membres de la famille royale visitent le Canada ou y séjournent pendant un certain temps. Pensons au Marquis de Lorne (1878-1883), au duc de Connaught (1911-1916) et au comte d’Athlone (1940-1946) qui résident tous les trois au Canada quelques années en qualité de gouverneur général.

Avant le règne d’Élisabeth II, il faut rappeler que son père, le roi George VI, et sa mère, la reine Élisabeth (la reine-mère), sont venus au Canada à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale au cours des mois de mai et juin 1939. Harry Bernard commente ce voyage dans l’édition du 12 mai 1939 du Courrier de Saint-Hyacinthe : «5C’est la première fois qu’un souverain anglais, depuis le traité de Paris en 1763, vient au Canada. Dans le passé, les héritiers de la Couronne et les princes de sang ont voyagé dans les Dominions britanniques, mais jamais un roi couronné n’a quitté l’Angleterre pour prendre contact avec les sujets de l’Empire. »

La visite de la princesse Élisabeth

Lors de son voyage au Canada en 1951, Élisabeth est encore princesse, car son père est toujours vivant. Il décèdera le 6 février 1952, quelques mois après le passage de la princesse à Saint-Hyacinthe. La nouvelle reine sera couronnée le 2 juin 1953.

Le 5 juillet 1951, le journal Le Devoir annonce la venue du couple royal au Canada : « Leurs Altesses royales, la princesse héritière présomptive du trône de la Grande-Bretagne, et son mari, le prince Philippe, duc d’Édimbourg, ont accepté l’invitation que le gouvernement canadien leur a faite de visiter le Canada l’automne prochain. C’est ce qu’a annoncé hier, le premier ministre du Canada, M. Louis Saint-Laurent. Cette annonce a causé une surprise générale. »

La présence de la princesse et de son mari au Canada suscite un grand intérêt partout au pays. Le 20 juillet 1951, le journaliste du Courrier de Saint-Hyacinthe relate l’enthousiasme suscité par cette annonce : « Un comité spécial, sous la direction de M. Charles Stein, sous-secrétaire d’État, est chargé de ces préparatifs qui ne constituent pas une mince tâche. La visite de la princesse comporte un trajet de 3500 milles, soit pratiquement d’un bout à l’autre du pays. Il n’est pas une seule ville canadienne de quelque importance qui n’ait déjà saisi le comité Stein d’un pressant désir de se faire inclure dans l’itinéraire des visiteurs royaux. C’est une véritable ruée à qui aura l’honneur de recevoir la charmante princesse. »

Le 9 août 1951, le comité Stein contacte les autorités maskoutaines afin de les informer que le couple s’arrêtera à Saint-Hyacinthe lorsqu’ils seront en route vers les provinces maritimes où se terminera leur voyage au Canada.

Voyons ce qui s’est passé au cours de cette journée historique du 5 novembre 1951 où la future reine est venue saluer la population maskoutaine. Au départ, il faut savoir que la Ville de Saint-Hyacinthe déclare la matinée fériée. Les écoles sont fermées et les usines accordent une heure à leurs employés afin de leur permettre d’assister à l’événement.

Dès 8 h du matin, plusieurs détachements se mettent en position afin d’assurer la sécurité : cinquante hommes du Régiment de Saint-Hyacinthe; soixante cadets du Corps de cadets no 1858; huit agents de la GRC; douze policiers du Canadien National, six de la Police provinciale et vingt-quatre de la Police municipale. La Sécurité civile et la Croix-Rouge sont responsables des premiers soins.

Un groupe d’élèves de quatrième année ainsi que leurs professeurs se placent devant l’estrade d’honneur aménagée sur la rue Sicotte à l’ouest de la gare. Tout le périmètre est fermé par une clôture. Seules les personnes munies de laissez-passer ont accès au quai et à l’estrade d’honneur. En plus des invités de la Ville de Saint-Hyacinthe, de la fanfare de la Philharmonique, des scouts et des guides, on accepte les blessés qui résident à l’hôpital des vétérans de Saint-Hyacinthe.

Une foule estimée à 10 000 personnes attend patiemment l’arrivée du train qui s’arrête à 9 h 55. L’honorable Hugues Lapointe, le ministre canadien des Affaires des Anciens Combattants, descend du train et accompagne le maire Picard et son épouse vers le dernier wagon afin d’y accueillir la princesse et son mari. Le groupe se dirige ensuite vers l’estrade au son du « God Save the King ».

Le maire Picard offre à la princesse une gerbe de roses rouges et déclare : « Je vous souhaite la plus cordiale bienvenue dans la plus cordiale des villes. […] Nous aurions désiré que vous puissiez voir la beauté de notre ville et de nos institutions, la beauté de nos parcs et de nos maisons d’enseignement qui font l’honneur de cette province. C’est en souvenir de votre passage que nous vous offrons ce cadeau. » Ensuite, au nom de la Ville de Saint-Hyacinthe, il remet une peinture à l’aiguille d’Anne-Marie Matte-Desrosiers qui représente la Porte des Anciens Maires de Saint-Hyacinthe.

Par la suite, les époux signent le livre d’or de la Ville. Après quoi, la « princesse héritière de la Couronne anglaise tint à se promener parmi les patients de l’Hôpital des Anciens Combattants de cette ville, blessés et malades qui formaient une sorte de garde d’honneur tragique, allongés dans leurs chaises et enveloppés de couvertures, voisins d’une délégation de la Légion canadienne. Elle serra la main à une demi-douzaine d’entre eux, causa avec eux, s’informa de leur santé et de leurs services », résume le journaliste du Courrier de Saint-Hyacinthe le 9 novembre 1951.

Après cet arrêt d’une quinzaine de minutes, le couple royal embarque à bord du train et salut la foule. Le train quitte la gare au son de l’« Ô Canada », joué par les musiciens de la Philharmonique.

Paul Foisy, directeur général du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe

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