27 février 2013
L’abandon
Par: Martin Bourassa
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Les murs du temple ont tremblé cette semaine, du moins ceux du Séminaire et du Collège Antoine-Girouard (CAG) de Saint-Hyacinthe.

Le premier a laissé tomber le second et sacrifié sur l’autel de la profitabilité plus de 200 ans d’histoire et d’engagement.Il n’y a pas lieu d’être fier de ça et de célébrer. La fermeture du Collège Antoine-Girouard est un jour triste pour Saint-Hyacinthe. Et c’est encore plus triste quand on s’attarde sur les causes profondes qui ont motivé cette décision.La principale étant sans contredit le désengagement pur et simple du Séminaire de Saint-Hyacinthe, voire son désintéressement face aux malheurs du Collège quand ce dernier avait besoin d’un coup de pouce pour poursuivre sa mission.Incroyable, mais vrai, l’un des plus riches diocèses du Québec, par l’entremise du bras financier que représente l’Oeuvre Antoine Girouard supportant les oeuvres du Séminaire, est demeuré insensible à cet appel à l’aide. On comprend surtout des différents témoignages que le CAG était devenu une source d’embarras pour le Séminaire, un irritant laïque qui non seulement ne formait plus de bons chrétiens par l’enseignement religieux, mais qui en plus ne se gênait pas pour quémander des fonds. Pour les prêtres du Séminaire, on devine que devoir investir dans une école tournée vers le sport, la laïcité, le progrès et la mixité devait avoir un petit quelque chose de profondément choquant. « Ils ne reconnaissaient plus leur collège et étaient préoccupés par la distance que semblait avoir pris le collège au fil du temps vis-à-vis des fondements d’éducation chrétienne », témoigne Alain Rivard, président du CAG en parlant des autorités du Séminaire.Suis-je le seul à penser que les fondements d’éducation chrétienne ne passent pas nécessairement par des cours d’enseignement religieux et des messes?S’il faut saluer l’intervention rapide de la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSH) qui assurera une continuité en orchestrant le transfert du collège privé vers le secteur public, il ne faut pas perdre de vue que le grand mérite de cette solution n’est pas uniquement de soulager les parents et les élèves concernés.Cette solution responsable offre aussi et surtout une sortie honorable au Séminaire, qui autrement aurait dû porter et supporter tout l’odieux de cette fermeture.On comprend mieux l’empressement avec lequel le Séminaire a sauté sur l’offre de la CSSH. Non seulement s’assure-t-il de conserver des revenus de location et éventuellement de toucher des revenus liés à une vente d’actifs, mais il n’aura plus à répondre aux demandes financières d’un collège laïque devenu un fardeau.En cas de pépins, c’est vers le gouvernement du Québec et non vers l’Oeuvre que l’on devra se tourner.Le Séminaire aura pris moins de 12 heures à statuer sur une lettre d’intention et un bail à l’intention de la CSSH, mais aura été incapable, ces derniers mois, de trouver un terrain d’entente qui aurait permis de sauver un collège privé au passé glorieux.Non, y’a pas de quoi être fier des disciples de Mgr Lapierre.

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