13 avril 2017
Deux décès dans une préfosse à lisier à Saint-Valérien
L’absence de mesures sécuritaires en cause
Par: Maxime Prévost Durand
L’absence de mesures sécuritaires en cause

L’absence de mesures sécuritaires en cause

Alain Beaudry devait réaliser des travaux à l’intérieur de cette préfosse. Il y a été retrouvé inconscient, tout comme son employé Anthony Lalumière. Photo Courtoisie CNESST

Alain Beaudry devait réaliser des travaux à l’intérieur de cette préfosse. Il y a été retrouvé inconscient, tout comme son employé Anthony Lalumière. Photo Courtoisie CNESST

L’exposition aux gaz de lisier et l’absence de procédures de travail sécuritaires en espace clos, voilà les deux causes retenues par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) au terme de son enquête concernant l’accident mortel survenu dans une préfosse à lisier le 27 septembre à Saint-Valérien-de-Milton.

Le propriétaire de la Ferme Beau-Porc, Alain Beaudry, et son employé, Anthony Lalumière, étaient décédés alors qu’ils devaient réparer une pièce défectueuse dans la préfosse de l’un des bâtiments de l’entreprise, situé sur le chemin Saint-Dominique.

En compagnie de représentants de l’Union des producteurs agricoles et de la Direction de la santé publique de la Montérégie, la CNESST a dévoilé hier son rapport d’enquête. Plus d’une vingtaine de personnes, autant des intervenants, des spécialistes que des témoins, ont été rencontrées dans le cadre de cette enquête. Une simulation a également été réalisée par une équipe de santé au travail du CISSME pour tenter de recréer les conditions de l’accident mortel.

Un problème d’étanchéité au niveau d’une pièce qui permettait de relier une pompe de la préfosse jusqu’à la fosse extérieure avait forcé Alain Beaudry à prévoir des travaux de réparation. En entrant à l’intérieur de la préfosse, où se trouvait plus de 33 cm de lisier, il s’est toutefois exposé à une forte concentration de sulfure d’hydrogène, un gaz relâché durant le brassage du lisier et qui a des effets dévastateurs lorsque présent en grande quantité.

 « M. Beaudry était déjà entré dans la préfosse à au moins deux reprises par le passé sans ressentir de malaise. Un faux sentiment de sécurité s’était installé dans son esprit », a soutenu Marie-Claude Maheu, inspectrice de la CNESST.

Son employé, Anthony Lalumière, devait quant à lui éclairer et fournir les outils à M. Beaudry durant les travaux. Voyant que son patron venait de perdre connaissance au fond de la préfosse, d’une profondeur de 2,36 m, il est descendu à son tour pour le secourir, mais s’est lui aussi exposé aux gaz et a été rapidement incommodé jusqu’à ce qu’il s’évanouisse.

« C’est d’autant plus tragique que cet accident était évitable », a souligné Dre Julie Loslier, directrice de santé publique Montérégie, durant la présentation du rapport. Au moment des travaux, les deux agriculteurs n’avaient aucun appareil respiratoire ni détecteur de gaz, la ventilation était inexistante et aucun équipement de sauvetage n’était prévu malgré le risque de la manœuvre. 

« Les concentrations de gaz peuvent bouger très rapidement, en seulement quelques secondes », a indiqué Dre Élisabeth Lajoie, chef du service clinique de santé environnementale et santé au travail à la santé publique. « Entrer dans un espace clos, c’est jouer à pile ou face avec la mort », a ajouté Dre Loslier.

Des équipements dispendieux

Au cours des derniers mois, la CNESST a tenu deux rencontres d’information et de prévention au sujet des préfosses à lisier et des espaces clos avec les agriculteurs de Saint-Valérien et des environs. La première a eu lieu en janvier, à la demande de la municipalité, et l’autre en compagnie de l’UPA dans le cadre de la semaine de prévention en agriculture. Les étudiants de l’École professionnelle de Saint-Hyacinthe ont aussi été rencontrés.

Si les producteurs agricoles sont de plus en plus sensibilisés, les coûts importants reliés aux équipements de sécurité pour ce type de manœuvre en freinent plus d’un malgré les risques connus, estime Claude Lapointe, responsable de la santé et de la sécurité à la Fédération de l’Union des producteurs de la Montérégie.

 Pour ceux qui ne sont pas prêts à faire un tel investissement, faire appel à des firmes spécialisées serait l’option à privilégier.

Une préfosse interdite d’accès

Depuis la tragédie, la préfosse de cet établissement de la Ferme Beau-Porc est interdite d’accès. 

En octobre, l’entreprise familiale a fait construire une nouvelle préfosse à lisier à l’extérieur de la porcherie, qui peut accueillir jusqu’à 1 300 porcs, mais la CNESST a de nouveau interdit l’entrée « car l’employeur n’a pas élaboré une procédure de travail sécuritaire en espace clos. 

À ce jour, l’interdiction est toujours en vigueur », est-il noté dans le rapport. 

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