24 juillet 2014
Un an après, deux entrepreneurs racontent leur expérience
Lac-Mégantic : un appel au savoir-faire maskoutain
Par: Le Courrier
Les entrepreneurs maskoutains Robert Chevrier et André Lévesque (absent sur la photo) ont vu de près l'horreur de Lac-Mégantic en juillet 2013 lorsqu'ils ont érigé un campement pour les travailleurs.

Les entrepreneurs maskoutains Robert Chevrier et André Lévesque (absent sur la photo) ont vu de près l'horreur de Lac-Mégantic en juillet 2013 lorsqu'ils ont érigé un campement pour les travailleurs.

Un peu plus d’une année s’est écoulée depuis la terrible explosion ayant ravagé le centre-ville de Lac-Mégantic. Les douloureux souvenirs de ce drame restent vifs pour les citoyens et les proches des disparus, mais aussi pour deux entrepreneurs de Sainte-Hélène dépêchés en catastrophe dans les jours suivants la tragédie ferroviaire.

À peine 24 heures après le déraillement du convoi, le commerçant de véhicules récréatifs, André Lévesque, fut chargé de transporter des roulottes à Lac-Mégantic afin d’organiser un campement temporaire pour les travailleurs responsables de nettoyer le site dévasté.

Quelques jours plus tard, il appela en renfort l’électricien Robert Chevrier, car les installations électriques du campement, qui ne cessait de prendre de l’expansion, ne tenaient pas le coup. « Au début, on avait fait des branchements [électriques] temporaires, mais tout sautait sur les roulottes. Il nous fallait quelqu’un pour brancher de véritables panneaux électriques », explique M. Lévesque. Le campement au départ composé d’une dizaine de roulottes a fini par atteindre 61 unités locatives. Durant trois journées, l’équipe de RCA électrique a travaillé sans arrêt afin d’offrir un emplacement sécuritaire aux travailleurs. « J’avais déjà préparé des panneaux électriques pour André [Lévesque] durant la semaine, sans savoir que c’était pour Lac-Mégantic. Je n’aurais pas pu m’imaginer l’ampleur du désastre avant de m’y rendre », souligne M. Chevrier. Le propriétaire de Roulottes A.S. Lévesque avait été approché par l’entreprise RSR Environnement, responsable de la décontamination du site, car elle avait besoin d’un endroit où loger ses employés. Aucun bâtiment n’était disponible, la Croix-Rouge les ayant réquisitionnés pour y abriter les sinistrés et les membres de la sécurité publique.

« Zone de guerre »

Le premier campement demandé par RSR Environnement était situé dans la cour de la caserne de pompiers, non loin des wagons meurtriers, avant d’être déplacé en bordure du lac. Les deux Maskoutains ont d’ailleurs travaillé quelques instants à l’intérieur du périmètre formé par la zone rouge.

« En me rendant là-bas, je ne savais pas à quoi m’attendre. Sur place, tout le monde était en état de panique, comme durant le verglas. Sauf que cette fois-ci, on parlait d’un énorme feu et de morts. On aurait dit une zone de guerre », se remémore André Lévesque. M. Chevrier se souvient pour sa part que dans les restaurants du coin, « les gens ne parlaient que de cela. Tout le monde connaissait une des personnes décédées. Ils étaient anéantis ». Si les deux hommes ont reçu des compensations monétaires pour leurs services, ils soutiennent avoir participé dans un élan d’aide humanitaire. « Nous n’étions pas là pour faire de l’argent. Nous n’avons pas calculé toutes nos heures, sans compter le matériel que nous avons fini par donner », assure Robert Chevrier. Du côté d’A.S. Lévesque, l’inventaire de roulottes usagées s’était retrouvé à sec durant la haute saison, privant son propriétaire de nombreuses ventes. Malgré cela, les entrepreneurs affirment qu’ils s’impliqueraient à nouveau si une autre tragédie survenait, d’autant plus que même si une année s’est écoulée, la situation progresse lentement.« Ce qui me touche le plus dans tout cela, c’est de savoir que ce sont les citoyens de Lac-Mégantic qui paieront pour cette tragédie durant encore des années », exprime Robert Chevrier. « L’horreur, oui c’est la tragédie, mais c’est surtout l’après-tragédie, l’aide gouvernemental qui arrive au compte-gouttes. Les résidents restent pris avec le problème en entier », conclut André Lévesque.

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