6 juin 2019
Carte blanche
L’arbre et la forêt
Par: Pierre Bornais

Plus précisément, l’arbre qui peut cacher la forêt pour celui dont la vision est complètement déformée par le manque de perspective.

C’est l’image qui m’est venue à l’esprit en prenant connaissance de certaines réactions – officielles ou non – dans la foulée de la diffusion du rapport sur les autochtones. Après plus de deux ans de recherches et de témoignages, le comité a déposé un imposant document qui comprend plus de 230 requêtes.

Mais l’utilisation du terme « génocide » pour coiffer le tout ne semble pas avoir permis une acceptation générale et sans condition chez plusieurs dirigeants. Le premier ministre du Canada et celui du Québec, notamment, ont soigneusement évité d’utiliser cette terminologie dans leur réplique ou leur commentaire sur le dossier. Et ils ne sont pas les seuls à éprouver un malaise certain face à un tel vocabulaire.

Ici plus qu’ailleurs, l’utilisation de mots appropriés s’impose. En fait, toute l’Histoire de l’Humanité a été marquée par des périodes tragiques qui ont finalement mené à la disparition pure et simple de civilisations complètes.

L’expression « génocide » a été employée par certains pour décrire l’extermination d’une large partie des populations amérindiennes par les conquérants des Amériques. On la retrouve dans le dictionnaire à partir de 1944, pour désigner de façon spécifique l’élimination planifiée des Juifs, jusqu’au dernier si possible, par les nazis. D’autres événements tragiques de même nature ont été recensés (rétrospectivement en Arménie en 1915, au Cambodge dans les années 1970, en Yougoslavie et au Rwanda en 1990).

Les enjeux en cause sont toutefois d’une telle importance qu’il devient essentiel de s’éloigner des querelles linguistiques pour aller à l’essentiel. Nous le devons tous aux victimes passées et présentes!

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