16 janvier 2020
L’art de jeter de la poudre aux yeux
Par: Le Courrier

Dans l’édition du Courrier de Saint-Hyacinthe du 2 janvier, je n’ai pu m’empêcher de pousser un soupir d’exaspération en apprenant que la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSH) se réjouit d’observer une hausse du taux de diplomation de 64,7 % à 73,4 % – un bond de 8,6 % – en neuf ans sur le territoire maskoutain.

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Richard Flibotte, le président de la CSSH, nous dit que les mesures mises en place, axées sur « la réussite des élèves » ont eu « incontestablement un effet puisque les chiffres parlent d’eux-mêmes ». Or, à moins d’avoir échoué ses mathématiques, à l’instar de nombreux élèves, M. Flibotte devrait savoir que les chiffres ne parlent jamais d’eux-mêmes : n’importe qui peut faire dire n’importe quoi aux statistiques.

Et c’est exactement ce qui se passe dans ce genre de discours captieux promu par la CSSH. Car lorsqu’on accorde la priorité à la « réussite de l’élève », qu’est-ce que cela signifie, concrètement? Très simple : nivellement par le bas, gonflement des notes et passe-droits. Ces phénomènes ont été documentés par de nombreux journalistes et sont connus de tous depuis de nombreuses années.

Le diplôme du secondaire n’a plus de valeur : les élèves peuvent l’obtenir sans avoir fait leurs mathématiquesde cinquième secondaire et même en n’ayant suivi aucun cours de science durant la dernière année. Et que dire des cours d’histoire? Leur contenu est famélique et symptomatique d’un peuple amnésique. Les cours de français ne font presque plus lire les classiques et n’apprennent en rien à mieux s’exprimer. Un professeur ayant atteint un âge vénérable me confia tout récemment qu’il n’était même plus capable de comprendre ses élèves. Moi-même, bien que je sois un Z, j’ai parfois du mal à me retrouver face à cette panoplie de néologismes, d’anglicismes et de syntaxe boiteuse.

De son côté, le cours ECR continue de semer la propagande coloniale d’Ottawa en formant des soldats du multiculturalisme canadien. Résultat : une jeunesse dénationalisée a appris à détester les siens et ne se gêne plus pour le faire savoir. Enfin, même les cours d’éducation physique pâtissent d’un nivellement par le bas des barèmes de passage.

La qualité de l’éducation au secondaire n’est pas seulement médiocre ou lamentable : elle est désastreuse. Nos écoles distribuent les diplômes au premier ti-coune capable d’écrire son nom sans faute. Typique des bureaucraties, la CSSH ne connaît nullement la réalité du terrain et ne tente de répondre qu’à des exigences de rendement statistique du Ministère. Ce genre de mensonges institutionnalisés satisfont peut-être la paresse des commissaires, mais dans le monde réel, c’est tout un peuple qui en pâtit.

Quoi qu’on en dise, le profond mécanisme de permissivité continue son œuvre et désagrège toute notion d’autorité, pourtant essentielle à l’établissement d’une société saine. Je ne crois donc pas, comme M. Flibotte, « que la situation continuera de s’améliorer », bien au contraire.

Philippe Lorange, Saint-Hyacinthe

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