2 avril 2020
Le 7e étage pour les patientsen isolement
Par: Martin Bourassa

Le Dr Robert Patenaude, à l’extrême gauche sur la photo, a travaillé une douzaine d’années sur la nouvelle urgence de l’Hôpital Honoré-Mercier, dont la construction débute à peine. Elle aurait été bien utile pour aider le personnel médical maskoutain à affronter cette pandémie dans de meilleures conditions. Photothèque | Le Courrier ©

Jusqu’au moment de cette entrevue, réalisée le 26 mars, il n’y avait pas d’hospitalisations prolongées à Honoré-Mercier reliées à des cas de COVID-19.

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Selon le protocole en vigueur, les cas nécessitant une hospitalisation et une prise en charge par l’équipe des soins intensifs doivent être transférés vers les hôpitaux de Montréal. Un cas maskoutain avait jusqu’ici nécessité son transfert vers l’Hôpital général juif. Mais puisque ce dernier n’est plus en mesure d’en accueillir, il a été décidé que tous les prochains cas seront plutôt dirigés vers l’Hôpital Pierre-Boucher à Longueuil.

« Nous avons jusqu’ici reçu et vu quelques cas suspects, eh oui, quelques cas positifs à la clinique de dépistage, mais peu de cas très graves nécessitant une hospitalisation prolongée ou un suivi aux soins intensifs. Ce qui était le plus préoccupant au début, c’était les délais de deux ou trois jours pour obtenir le résultat des tests. Est-ce un COVID-19 ou une simple pneumonie? La réponse ne saute pas aux yeux. Alors, il nous faut être prudents et mettre les gens en observation en limitant les risques. »

À cet effet, on a déjà entrepris de convertir tout le 7e étage de l’hôpital pour recevoir les patients de la COVID-19 devant être placés en isolement dans des chambres à pression négative. Le mot d’ordre est de se préparer pour faire la guerre à la COVID-19.

« On se prépare à l’interne, mais la bataille se joue aussi à l’extérieur. Il faut aplanir et allonger la courbe de contagion le plus possible si on veut passer au travers. Nous en avons pour plusieurs jours de progression constante avec un pic des cas autour de Pâques environ, avant d’espérer une lente régression si tout le monde contribue et respecte les directives de la santé publique. On ne peut faire de compromis », raconte celui qui vit cette crise séparée de sa conjointe, comme plusieurs autres collègues qui ont dû mettre leur vie de famille en veilleuse.

Pas de panique, mais des consignes strictes

L’ennemi à abattre est redoutable, dit-il, mais il y a de l’espoir quand même.

« On va la gagner, cette bataille, nous allons y arriver. Ce virus est dur et redoutable, mais il ne faut pas paniquer non plus. Chez les jeunes et les gens en santé, les complications sont assez rares. Le véritable danger est pour les gens âgés ou vulnérables qui ont déjà des problèmes de santé. Si tout le monde écoute les consignes, la vague frappera moins fort et la courbe finira par s’inverser. Mais si nos snowbirds de retour du Sud n’écoutent pas, la vague en amènera une autre encore plus forte. Nous n’avons pas besoin de celle-là. Pour les deux prochaines semaines, il ne faut pas baisser la garde, au contraire. Il faut tous redoubler d’ardeur », demande celui qui estime que le gouvernement et la santé publique font de l’excellent travail depuis le début de cette crise, en fonction des connaissances disponibles.

Le Dr Patenaude croit d’ailleurs que la véritable sortie de crise viendra avec la mise au point d’un vaccin, en partie grâce à la collaboration internationale des chercheurs.

« Quand on aura un vaccin, ça va aider. Mais pour l’instant, ce virus, on le connaît mal, mais les gens se parlent. Les Chinois testent déjà un vaccin. Si on en avait développé un pour le SRAS en 2003, nous aurions peut-être pu l’utiliser. C’est une leçon qu’il faudra retenir de tout cela, l’importance de la recherche médicale en amont. »

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