10 juin 2021
Conflit de travail chez Exceldor
Le cap des 500 000 poulets euthanasiés atteint
Par: Jean-Luc Lorry

Le piquetage se poursuit à l’usine Exceldor de Saint-Anselme par les travailleurs syndiqués. Photo TUAC

Depuis le déclenchement de la grève le 23 mai à l’abattoir Exceldor situé à Saint-Anselme dans Chaudière-Appalaches, 500 000 poulets ont été euthanasiés. Une situation qui fait fortement réagir des éleveurs de la région interrogés par LE COURRIER.

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Cette décision d’euthanasier des poulets est la conséquence du conflit de travail qui perdure à l’usine de Saint-Anselme où les activités sont à l’arrêt. Il s’agit de l’abattoir le plus important de la coopérative Exceldor avec un volume d’abattage d’environ un million d’oiseaux par semaine, comparativement à 500 000 à son usine de Saint-Damase.

« Comme éleveurs, nous trouvons que c’est un scandale. C’est immoral et inhumain. On ne peut pas euthanasier des poulets pour des questions de conditions de travail. Je pense qu’il existe d’autres manières pour démontrer son mécontentement », considère Pierre-Luc Leblanc, président des Éleveurs de volailles du Québec, en entrevue au COURRIER.

Pierre-Luc Leblanc est propriétaire de la Ferme Faterra située à Saint-Pie. Cette entreprise agricole regroupe plusieurs poulaillers où sont élevés 100 000 poulets et 20 000 dindons.

« Je produis du poulet dans de bonnes conditions pour alimenter la population québécoise. Je veux que mon produit se retrouve sur les tablettes et dans les restaurants et qu’il ne soit pas euthanasié. Il y a des producteurs de la région qui ont été touchés. J’espère que ce dossier va se régler avant que mon tour arrive », mentionne avec inquiétude M. Leblanc.

Depuis lundi, le nombre de poulets euthanasiés a atteint 500 000. Un chiffre annoncé par les Éleveurs de volailles du Québec et confirmé par Exceldor. Les poulets morts sont dirigés chez Sanimax, une entreprise spécialisée dans l’équarrissage.

Du côté de la Ferme Lavallée de Saint-Hyacinthe, ce producteur n’a pas été contraint d’euthanasier ses poulets puisqu’il a réussi à maintenir le poids des volailles dans les niveaux acceptés pour l’abattoir.

« Nous avons dû retarder la croissance de nos poulets en réduisant la lumière par exemple dans les bâtiments, explique Patrick Lavallée, propriétaire de la Ferme Lavallée. Pendant la pandémie, nous avons dû dégager des places en abattoir et abaisser notre production pour permettre à la chaîne de production de continuer. Nous étions considérés comme des travailleurs essentiels par le gouvernement, et les travailleurs d’usines d’Exceldor également. »

Comme éleveur, Pierre-Luc Leblanc et Patrick Lavallée sont tous deux membres de la coopérative Exceldor.

Ministre Bibeau

Marie-Claude Bibeau, ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire était de passage dernièrement à la Ferme Faterra de Pierre-Luc Leblanc pour annoncer un nouveau programme fédéral destiné à encourager les technologies propres dans le milieu agricole (voir autre texte). LE COURRIER a profité de cette visite pour interpeler la ministre sur le dossier.

« Ce conflit de travail me préoccupe beaucoup. J’encourage fortement les deux parties à travailler très fort ensemble, très intensément avec les médiateurs qui sont mis à leur service par le gouvernement provincial. Il faut trouver une solution. Il y a un impact sur nos producteurs. C’est un secteur qui est soumis à la gestion de l’offre, donc un contrat social que nous avons ensemble et c’est important d’assurer l’approvisionnement », avait indiqué Marie-Claude Bibeau en point de presse.

Nomination d’une médiatrice

Les quelque 550 travailleurs syndiqués de l’usine Exceldor de Saint-Anselme sont sans contrat de travail depuis le 31 juillet 2020. Dans le cadre des négociations concernant le renouvèlement de la convention collective, les employés avaient rejeté à 79 % le 23 mai l’offre finale et globale de l’employeur. Ainsi, ils pouvaient exercer le droit de grève voté à 96 % le 9 mai.

Le 4 juin, une médiatrice spéciale, Hélène Poulin, a été nommée par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

« Les négociations portent principalement sur les salaires. Mais il existe un climat de travail malsain qui perdure dans l’usine depuis plusieurs années », indique Roxane Larouche, représentante nationale des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce, en entretien téléphonique au COURRIER.

« Nous sommes à l’étape d’explorer des pistes de solution. Si l’employeur avait été en mode écoute à la table des négociations, nous n’en serions pas rendus là », poursuit-elle.

Par voie de communiqué, la direction d’Exceldor « souhaite que les parties puissent identifier une voie de passage qui, rapidement, mettra un terme à un conflit de travail dont les conséquences sont dramatiques en matière de gaspillage alimentaire et de rupture des chaînes d’approvisionnement ».

Au moment de mettre sous presse, le processus de négociation se poursuivait.

Avec la collaboration de Véronique Lemonde

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