13 septembre 2012
Le cartel de la pompe
Par: Martin Bourassa

Le prix du litre d’essence a fait un bond spectaculaire, mardi, dans la région de Montréal. Il a bondi à 1,53 $. Une hausse soudaine d’environ 12 sous le litre.

Le prix du litre d’essence a fait un bond spectaculaire, mardi, dans la région de Montréal. Il a bondi à 1,53 $. Une hausse soudaine d’environ 12 sous le litre.

Chez nous, hors de la couronne métropolitaine, le prix de 1,33 $ le litre tenait toujours mercredi matin. Un écart de 20 sous le litre, on ne voit pas cela tous les jours. C’est donc à prix d’aubaine (!) que les Maskoutains ont pu faire le plein d’essence, du moins pendant quelques heures, en milieu de semaine.Disons que les mots essence, aubaine et Maskoutains ont rarement été prononcés dans une même phrase au cours des 20 dernières années à Saint-Hyacinthe.Longtemps, on a dû payer l’essence plus cher ici qu’à Sainte-Madeleine ou Beloeil par exemple. Les lecteurs du COURRIER se souviendront sans doute de la croisade menée par mon prédécesseur au milieu des années 1990. Jean Vigneault avait pris la bonne habitude de consacrer une partie de la page A2 du COURRIER au jeu de la comparaison entre le prix payé à la pompe à Saint-Hyacinthe et chez nos voisins. Chaque semaine, il plaçait bien en vue deux photographies prises le même jour dans des stations-service. Il s’est livré à cet exercice du 8 août 1995 au 11 juin 1996.Il a cessé de comparer les prix au bout de 10 mois, de guerre lasse. Et les Maskoutains ont continué de faire les frais d’une injustice apparente, puisque l’écart entre ces deux marchés a continué d’être à l’avantage des automobilistes de Sainte-Madeleine, Mont-Saint-Hilaire et Beloeil. À titre de journaliste, j’ai eu l’occasion d’écrire sur ce phénomène à l’hiver 2000.Dans une série de reportages, je m’étais donné le mandat de découvrir pourquoi l’essence se vendait toujours à meilleur prix à Sainte-Madeleine qu’à Saint-Hyacinthe. Les détaillants de Sainte-Madeleine m’avaient alors avoué que le problème se trouvait à Saint-Hyacinthe. « Ils se tiennent c’est certain. La situation n’est pas normale », m’avait confié le gérant d’une station-service, en ajoutant que ses collègues de Saint-Hyacinthe hésitaient à partir des mouvements à la baisse par crainte de représailles. Le propriétaire d’une station-service de Saint-Hyacinthe avait pour sa part mentionné se faire appeler par une station-service voisine afin de monter ses prix.Ce n’est que depuis quelques années qu’il est possible de mettre de l’essence à meilleur marché, ou à prix égal, à Saint-Hyacinthe que dans les régions voisines.Une explication? Il faudrait peut-être poser la question au Bureau de la concurrence qui semble avoir plus de moyens et de mordant qu’avant. On en a pour preuve les procédures judiciaires déposées contre le cartel de l’essence en Estrie.Des procédures qui ont débouché sur des recours collectifs initiés au nom des automobilistes floués. Ce mouvement vient d’ailleurs de s’étendre à Saint-Hyacinthe (voir reportage en B1) où l’on soupçonne les pétrolières de s’être livrées à de la collusion pour fixer les prix à la pompe entre 2002 et 2006. Trop courte période si vous voulez mon avis, mais bon, c’est mieux que rien.Un cartel de l’essence à Saint-Hyacinthe? C’était écrit dans le ciel.Jean Vigneault en a toujours été convaincu. Dommage qu’il ne soit plus là pour savourer ce moment. Le Chivas aurait sûrement bon goût.

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