28 avril 2016
Collège Saint-Maurice
Le choc de la mixité
Par: Rémi Léonard
Le choc de la mixité

Le choc de la mixité

Plusieurs parents ont pris la parole pour questionner le conseil d’administration, proposer des pistes de solutions ou s’exprimer sur les récentes décisions. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Plusieurs parents ont pris la parole pour questionner le conseil d’administration, proposer des pistes de solutions ou s’exprimer sur les récentes décisions. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Une rencontre d’information sur les plans d’avenir annoncés la semaine dernière par le Collège Saint-Maurice (CSM) a réuni plus d’une centaine de parents le soir du 25 avril. La plupart étaient visiblement déçus de la fin de la présence exclusivement féminine dans l’école, mais tout de même compréhensifs par rapport à la décision.

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Le reproche principal des parents a été qu’ils n’ont pas été consultés ni même informés des grandes orientations que le collège évaluait. Le directeur général, Jean-Pierre Jeannotte, s’est justifié en précisant que la réflexion n’a pas été ­restreinte uniquement au conseil ­d’administration et que le processus a été encadré de manière professionnelle. « On a suivi la recette de la firme Deloitte, une recette éprouvée », a-t-il répété avant d’admettre sous la pression qu’il y avait eu « une petite lacune » à ce niveau.

« Vous avez manqué de transparence, a accusé une mère. On a été consulté sur le costume, mais pas sur une question comme la mixité », a-t-elle souligné. « Si on avait été impliqué, on serait peut-être arrivé aux mêmes conclusions que vous », a argué un autre parent, se disant mis ­devant le fait accompli.

Le vice-président du conseil d’administration et trésorier, Luc Langelier, a répondu que la direction ne pouvait pas dire publiquement qu’elle réfléchissait à l’avenir de l’établissement, puisqu’une telle affirmation aurait créé plus ­d’incertitude qu’autre chose.

La confiance demeure

Une fois cette première vague passée, les parents présents ont quand même montré en majorité leur appui à l’équipe en place pour effectuer les changements. « Je n’ai jamais été déçu du Collège Saint-Maurice avant aujourd’hui. Si vous devez faire le virage, j’ai confiance que ça va marcher », a lancé un père avant d’être applaudi.

Jean-Pierre Jeanotte et Luc Langelier ont précisé lors de la rencontre la situation dans laquelle le CSM doit naviguer. Depuis six ans, le collège a perdu 150 élèves, une décroissance d’un peu plus de 21 %. « Si les Soeurs de la Présentation de Marie n’avaient pas mis des centaines de milliers de dollars depuis trois ans, ce serait fini le CSM », a carrément affirmé Luc Langelier.

« On n’avait plus le choix. Le statu quo n’était plus possible », a renchéri Jean-Pierre Jeannotte. Il a indiqué que si tous les scénarios avaient été évalués, ­celui de la mixité « n’était pas le premier choix ». Devant le portrait qui se dessinait pour l’avenir, le directeur a avoué qu’il a dû « faire un deuil » et se résigner à l’idée que le Collège Saint-Maurice ne serait plus une école de filles.

Cinq ans de répit

Soeur Édith Lavoie a pris la parole pour appuyer officiellement la direction. « Il faut prendre le virage », a-t-elle soutenu, ajoutant que la communauté doit « évoluer avec la société ». Avec cet appui officiel vient aussi l’assurance d’un soutien financier pour au moins cinq ­années supplémentaires, a précisé Luc Langelier.

Pour survivre au-delà de ce délai, le ­Collège Saint-Maurice devra parvenir à attirer plus d’élèves. Pour atteindre sa pleine capacité, c’est au moins 150 filles et garçons qui devront entrer à l’école chaque année à partir de 2017. Pour la prochaine rentrée, la dernière non mixte, 108 filles sont inscrites.

C’est là qu’entre en compte le calcul complexe relatif à l’inclusion de garçons dans l’école. Théoriquement, c’est 50 % de la clientèle qui est élargie, mais cette ouverture peut être à double tranchant, ont noté certains parents. « Vous aviez une niche. Ce que vous allez chercher en garçons, vous allez le perdre en filles », a soutenu un père. « On ne serait peut-être même pas ici si l’école était mixte », a ­affirmé une autre. À l’inverse, Jean-Pierre Jeannotte a souligné que son collège se privait aussi à l’heure actuelle de filles qui voudraient aller dans une école mixte.

Difficile de prévoir comment les inscriptions vont évoluer au cours des prochaines années, mais c’est vraisemblablement ces chiffres qui ­donneront raison à l’une ou l’autre des visions.

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