19 août 2021
Le CISSS sévit sur les absences
Par: Sarah-Eve Charland

Les employés des centres hospitaliers de la région sont offusqués d’une nouvelle directive. Photothèque | Le Courrier ©

Une note de service envoyée le 6 août a fait sursauter tous les employés du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Est. Déjà épuisés, déplorent les syndicats, les employés devront fournir une pièce justificative lorsqu’ils demanderont un congé à la suite d’un quart de travail en temps supplémentaire ou en temps supplémentaire obligatoire (TSO).

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Une personne qui a effectué un temps supplémentaire ou un temps supplémentaire obligatoire ne pourra plus demander un congé s’il doit effectuer un autre quart de travail. Le congé lui sera automatiquement refusé. L’employé ne pourra donc pas piger dans sa banque de maladie à moins d’obtenir un billet du médecin.

Les trois syndicats du CISSS de la Montérégie-Est ont déposé un grief instantanément. Les griefs consistent à demander le retrait de la note de service et l’annulation de cette directive.

« C’est quelque chose qu’on trouve extrêmement désolant de la part de l’employeur. Il n’y a pas si longtemps que ça, ce dernier nous indiquait que la santé globale des personnes salariées était importante pour lui. Si des personnes étaient en déséquilibre, c’était préférable de faire un pas de recul. On soigne des humains. C’est normal qu’ultimement, en tant qu’humain, on atteigne nos limites », lance le président de la CSN, Daniel Laroche.

Le CISSS de la Montérégie-Est justifie cette initiative par le manque de main-d’œuvre et l’augmentation de l’achalandage. « Nous constatons, malheureusement, une augmentation fulgurante des absences de dernières minutes, celles-ci ayant triplé de juin à juillet. C’est pourquoi nous faisons d’abord appel à votre professionnalisme, mais également à votre solidarité d’équipe pour porter une attention particulière à ce phénomène qui pourrait éviter plusieurs TSO », peut-on lire dans la note de service.

La porte-parole du CISSS de la Montérégie-Est, Catherine Domingue, ajoute que cette directive permet également d’assurer une saine gestion des absences ponctuelles et d’en identifier les causes.

« Nous sommes conscients que nos employés travaillent très fort sur le terrain et nous les remercions sincèrement pour leur contribution et leur engagement. Dans le contexte actuel de pénurie de ressources et de grand achalandage dans les services, l’augmentation de l’absentéisme vient amplifier la situation de surcharge pour les équipes présentes au travail. Il nous faut assurer une gestion de cette situation en toute équité », dit-elle.

Ne pas se sentir écouté

« Les employés avaient beau donner des raisons, ils avaient une absence non autorisée. J’avais fait du TSO. J’étais trop fatiguée. Ça fait 25 heures que j’étais debout. Je ne pouvais pas retourner travailler. J’étais trop fatigué. J’ai vomi. Mais ça, ce n’est pas une bonne raison. Ils veulent maintenant des preuves. Ils veulent que les employés engorgent les hôpitaux pour obtenir un billet du médecin », poursuit la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) pour le CISSS de la Montérégie-Est, Brigitte Petrie.

Bien que les membres de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) du CISSS de la Montérégie-Est soient moins touchés par les TSO, cette association a tout de même déposé un grief. « Les gens sont en colère. Les gens sont indignés. Les gens vont aller travailler pareil, mais ils ne seront pas en bonne condition pour travailler. C’est dangereux », affirme le représentant de l’APTS, Joël Bélanger.

Le CISSS de la Montérégie-Est assure que les gestionnaires évalueront les absences au cas par cas. Mme Domingue poursuit en soulignant que les syndicats ont été informés de la note de service avant sa diffusion. « Notre organisation travaille constamment avec les représentants syndicaux afin de trouver des solutions aux défis tels que l’absentéisme ponctuel et la pénurie de main-d’œuvre. »

Tous les syndicats croient qu’une telle mesure nuit à la rétention et à l’attraction de la main-d’œuvre dans un contexte où elle se fait déjà rare.

« Au lieu d’écouter l’épuisement des employés, ils pressent encore le citron, ajoute Mme Petrie. Au début de l’été, on nous disait que le temps supplémentaire obligatoire ne devrait être qu’occasionnel. En même temps, ça explose. De notre côté, ça n’a pas de bon sens. »

État des négociations

Concernant la négociation des conventions collectives, les membres de la FIQ ont entériné l’entente de principe à la hauteur de 54 %, le 6 août. Les membres de la CSN ont aussi adopté l’entente de principe la même semaine à la hauteur de 94 %. L’APTS est le seul syndicat à ne pas avoir conclu d’entente.

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