22 octobre 2020
École secondaire Saint-Joseph
Le code vestimentaire se resserre, des élèves répliquent
Par: Véronique Lemonde

Dans la foulée du mouvement des garçons portant des jupes à l’école, dénonçant ainsi l’aspect genré des vêtements devant être portés par tel ou tel sexe, un groupe d’étudiants de l’École secondaire Saint-Joseph (ÉSSJ) met plutôt en lumière un code vestimentaire qui se resserre pour cette année 2020-2021. De nouvelles règles qui en irritent plus d’un.

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« La direction nous dit supporter le mouvement où les garçons portent une jupe et les filles, un bermuda. Un grand nombre d’élèves de tous les niveaux sont embarqués dans ce mouvement et ont porté un morceau d’uniforme de “sexe opposé” vendredi passé. Mais tout cela n’était qu’un mouvement d’une journée, car la direction contraint chaque sexe à recommencer à porter les vêtements “prévus par son sexe” et les filles n’ont pas plus de liberté en ce qui a trait à la longueur de leur jupe. Les élèves ne sont pas très contents. La direction nous écoute, mais nous avons l’impression qu’elle s’en lave les mains finalement. De plus, la direction ajoute de nouvelles restrictions dans le code vestimentaire », déplore un étudiant qui préfère garder l’anonymat.

Dans une pétition lancée en juin dernier par un groupe d’étudiants de secondaire 5 de l’ÉSSJ, les jeunes dénoncent en effet un nouveau règlement maintenant en vigueur, soit le port des collants pour les filles et le port des pantalons pour les garçons du 1er novembre au 31 mars. Une contrainte inappropriée selon plusieurs des signataires qui sont présentement au nombre de 600, ces derniers regroupant également des parents d’élèves.

« L’ÉSSJ oblige déjà les élèves fréquentant son établissement à porter un uniforme. Ceux-ci ne devraient pas être restreints dans le choix de vêtement de ce même uniforme. Le contrôle vestimentaire est déjà suffisant, cette règle n’est donc aucunement nécessaire », peut-on lire dans la pétition déposée en juin. À noter que les filles peuvent également porter un pantalon si elles le veulent.

S’adapter à l’hiver

L’étudiant rencontré explique que plusieurs garçons aiment porter le bermuda même l’hiver, morceau de vêtement plus confortable dans une école où il fait souvent assez chaud. Ce qui est le cas, aussi, de plusieurs filles qui préfèrent le port des bas au genou, même en saison froide.

« Nous avons rencontré la direction et des membres du comité de parents aussi, mais leurs arguments sont que nous devons apprendre l’éthique vestimentaire et aussi que l’école aide les parents avec un code vestimentaire clair. »

Du côté de la direction, on signale au COURRIER avoir bien pris le temps d’écouter les griefs des étudiants sur un comité ayant été formé en début d’année scolaire, justement pour discuter des questions en lien avec le code vestimentaire.

« Pour ce qui est des bermudas et des jupes sans collant l’hiver, c’est une situation que nous vivons depuis plusieurs années et qui devenait problématique. Plusieurs parents nous demandaient de l’aide pour inciter les jeunes à se couvrir les jambes l’hiver, mais comme l’école le tolérait, c’était difficile pour eux de motiver leurs jeunes, explique Jean-François Racine, directeur général de l’ÉSSJ. Les jeunes attendent souvent plusieurs minutes l’autobus à l’extérieur et certains viennent même à pied à l’école, nous avions donc plusieurs commentaires à ce sujet, même de citoyens qui trouvaient inadmissible que les jeunes soient découverts de la sorte en saison froide. Nous sommes un pays nordique et je crois que nous avons, comme établissement d’éducation, un rôle à jouer pour apprendre aux élèves à adapter leur habillement au climat, cela fait partie de la vie. Dans le futur, ils devront aussi se soumettre à certaines contraintes vestimentaires dans leur profession, avec un employeur. »

Ouverts à la discussion

Créé à la suite de la pétition de juin, le comité de discussion sur le code vestimentaire espère offrir un espace d’expression aux élèves souhaitant questionner certains éléments de la garde-robe scolaire. « Nous voulons cheminer avec nos élèves et nos employés, à l’interne, nous souhaitons demeurer à l’écoute des élèves et les entendre. Oui, le mouvement des jupes portées par les garçons nous apporte plein de réflexions et nous sommes déjà à penser à de nouveaux vêtements qui seront offerts aux étudiants dès l’année prochaine. Nous essayons de progresser ensemble, sans être trop rigides », ajoute M. Racine.

« Cependant, la direction souhaiterait resserrer la longueur des jupes pour les filles qui est présentement de 7 cm au-dessus des genoux, ce qui est très sexiste, selon plusieurs élèves. Le comité de parents est très fermé et souhaite même ramener la jupe à la hauteur des genoux pour les filles », de dire l’élève de secondaire 5. « Oui, il y a une réflexion à ce sujet, mais rien n’est déterminé pour le moment. Nous voulons offrir aux élèves d’en parler avec nous », confirme le directeur de l’école.

Certains élèves espèrent toujours que leurs griefs feront leur chemin et, pour ce, ils prévoient organiser d’autres journées où les élèves pourraient revêtir des vêtements qui ne sont pas nécessairement « appropriés » à leur sexe. Une autre pétition pourrait aussi être lancée.

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