14 mars 2013
Le Collège Antoine-Girouard annonce sa mort imminente
Par: Le Courrier
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Je suis associé au Séminaire de Saint-Hyacinthe (et à ses successeurs) depuis près de 60 ans. Comme étudiant, de 1953 à 1961, j’y ai reçu une très bonne formation et nous avons créé un réseau d’amis qui nous revoyons chaque année.

Puis, peu après, j’y ai entrepris une carrière d’enseignant, à temps partiel d’abord, pendant mes études universitaires. Quand vint le temps d’enseigner à temps plein, on n’avait pas besoin de quelqu’un à temps plein et j’ai donc accepté un contrat de la Commission scolaire : deux ans à l’externat classique et cinq ans à Fadette. Je suis alors retourné au Séminaire comme professeur pour trois ans. J’ai ensuite fait un stage de quatre ans à la direction des études dont les trois premières en tant qu’adjoint, de 1975 à 1979. C’est durant ce temps que le Séminaire a voulu se détacher de son école; j’ai suggéré le nom d’École du Séminaire de Saint-Hyacinthe, pas très original, mais qui maintenait un lien. Je suis retourné à l’enseignement et aux études en 1979. Je dois dire qu’avant comme après cette date, le Séminaire a toujours appuyé financièrement son école, en particulier dans des conventions collectives qui permettaient un travail plus approfondi. Cependant, plus le temps passait et plus cela devenait difficile. C’est ce qui a amené le Séminaire à vouloir se séparer encore davantage de son école, ce qui a abouti en 1992 à la création du Collège Antoine-Girouard. Mais, avant d’en arriver là, il y a eu plusieurs péripéties peu connues. Le personnel, enseignant et de soutien, s’est montré intéressé à prendre en charge l’école avec une coopérative de travailleurs. Le Séminaire a rejeté l’offre, sans explications si mes souvenirs sont exacts. Il préférait une corporation laïque qui ne souriait pas au personnel. Comme je faisais partie de l’exécutif syndical et que je connaissais bien Mme Grimard, présidente de la Commission scolaire, je fus délégué pour lui offrir un transfert en bloc du personnel. Comme nous représentions l’expertise et compte tenu du fait que la Commission aurait bien aimé faire disparaître l’enseignement privé à Saint-Hyacinthe, nous croyions qu’il y aurait un intérêt. Sans personnel, l’école pouvait difficilement survivre et le Séminaire aurait peut-être même pu louer ses locaux à la Commission (comme ce sera le cas). Mme Grimard se montra en effet très intéressée. Elle me promit de me contacter bientôt. Je ne sais pas quelles pressions se sont exercées, mais la Commission scolaire, catholique, ne s’est pas manifestée, comme si nous étions pestiférés. Le Collège Antoine-Girouard fut donc créé, avec à sa tête un directeur général que le Séminaire avait congédié auparavant. Le Séminaire qui voulait se séparer de l’école avait droit, dans la constitution, de nommer trois membres du conseil d’administration. Quant aux personnels, enseignant et de soutien, ils avaient droit à un représentant chacun, mais élus par l’ensemble de l’assemblée générale. Ce directeur général, antisyndical, aurait voulu faire disparaître les syndicats. À défaut, il proposa une réduction de salaire et la disparition des trois-quarts de la convention collective, sinon le collège ne verrait pas le jour. Après conciliation, nous avons réussi à conserver les trois-quarts de la convention en acceptant une baisse de salaire de 10 %. Puis, il est parti pour le Collège de Montréal. Est alors arrivé un nouveau directeur général, plein de projets, dont celui d’un club de hockey qui vit le jour. Ce fut bénéfique durant un temps, mais il semble que le reste ait cédé et que le bébé se soit jeté en même temps que l’eau du bain. J’ai continué à m’impliquer, entre autres, en donnant des bourses de fin d’année et comme président de la Fondation. À ce titre, j’ai piloté la révision des règlements qui a étendu le mandat de donner seulement des bourses aux élèves dans le besoin à celui de doter l’école d’équipements. Cela nous a permis d’établir une campagne de souscription en vue d’un nouveau gymnase. J’ai toujours cru que l’enseignement privé devait être conservé pour ses particularités et non remplacé par le secteur public, à cause de son implantation historique, mais surtout à cause de son expertise. J’ai même quitté le PQ, entre autres pour ça. Mais si l’école se saborde, j’en prends acte.

Denis Poitras, MBA Saint-Hyacinthe

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