9 avril 2020
Coincé aux Philippines
Le combat d’une mère pour rapatrier son fils
Par: Véronique Lemonde

Jeffrey Hamel est coincé aux Philippines et tente par tous les moyens de revenir au Canada. Photo gracieuseté

Chaque jour, Clara Toscani, de Saint-Simon, fait plusieurs appels téléphoniques, s’entretient avec quantité de personnes, envoie des dizaines de courriels et traite une tonne d’information. Tout cela, c’est dans l’espoir de ramener son fils, Jeffrey Hamel, au pays, alors que ce dernier est coincé aux Philippines à cause de la pandémie de la COVID-19.

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Ce combat effréné que Mme Toscani mène a maintenant pris des allures titanesques puisqu’au-delà de son fils, c’est plus de 250 touristes canadiens qu’elle tente d’aider dans ce difficile rapatriement.

Arrivé début février aux Philippines, pour visiter son amoureuse qui y habite, Jeffrey Hamel connaît très bien le pays. Mais depuis que le premier ministre Justin Trudeau a invité les Canadiens à l’étranger à rentrer au pays, aux alentours du 16 mars, la situation ne cesse de se détériorer aux Philippines. En fait, plus de 2500 Canadiens y seraient coincés présentement.

« Dès le 13 mars, l’ambassade canadienne à Manille a été évacuée et les informations ne se sont pas nécessairement rendues immédiatement à tous les Canadiens en sol philippin. Tout s’est mis à débouler depuis le 14 mars », précise Mme Toscani. En effet, le gouvernement philippin entend faire respecter les mesures de quarantaine d’une main de fer, n’hésitant pas à s’en prendre physiquement à tout contrevenant. Des barrages armés ont été érigés partout dans le pays, ce qui rend les déplacements internes très difficiles.

Devant toutes ces contraintes, Clara Toscani a créé un groupe Facebook le 25 mars, tentant de recueillir le plus d’information possible pour aider des Canadiens pris aux Philippines.

Parcours du combattant

Jeffrey Hamel avait réussi à obtenir un vol d’avion pour le 24 mars. « Chaque fois, il doit avoir en main un certificat médical qui prouve qu’il n’a pas la COVID-19, son transporteur pour se rendre jusqu’à Manille – quatre heures de déplacement dans son cas – doit être approuvé, car Manille est complètement fermée. En cours de route vers l’aéroport, il a appris que son vol était annulé, donc ils ont rebroussé chemin avec toutes les difficultés que cela a impliqué de repasser les mêmes points de contrôle très militarisés. Il doit maintenant se remettre en quarantaine de 14 jours avant de pouvoir tenter un nouveau vol », précise la mère de M. Hamel.

Jusqu’à maintenant, c’est plus de 4000 $ qui ont été investis par Mme Toscani et son fils pour des vols qui ont été annulés et qui sont non remboursables. « Les gens là-bas s’endettent énormément et certains commencent à manquer de nourriture ou d’hébergement. Nous avons obtenu des crédits voyages pour les vols annulés, mais présentement, cela ne nous est d’aucune aide pour les sortir du pays. »

Le gouvernement canadien, pour sa part, a consenti à émettre un prêt de 1000 $ pour aider les touristes à l’étranger à revenir. Un prêt qui devait prendre 10 jours à recevoir et que plusieurs n’avaient toujours pas reçu trois semaines plus tard. À l’heure actuelle, Jeffrey Hamel vient tout juste de recevoir ce prêt, après plus de trois semaines d’attente.

Vols à prix exorbitants

« Nous commençons à ressentir toute la fatigue des Canadiens là-bas. Mon fils n’a plus vraiment d’argent depuis une semaine, il dépend de sa femme qui travaille dans un marché et la situation dans le pays se détériore. Des touristes à Manille sont contraints d’habiter dans des endroits vraiment insalubres ou dans la rue. Je ne souhaite vraiment pas critiquer le gouvernement du Canada qui fait assurément son possible, mais il faut pouvoir nous garantir des vols rapidement. »

Au moment de notre discussion mardi, Mme Toscani apprenait qu’un vol vers Toronto serait dédié aux Canadiens le 14 avril, au coût astronomique de 3000 $, avec Philippine Airlines (PAL). « Il nous manque beaucoup d’information concernant ce vol et, aussi, cela ne règle pas le problème des déplacements internes qui sont rendus très difficiles. Plusieurs touristes sont sur des îles des Philippines loin de la capitale. Aussi, ce prix de 3000 $ n’est pas réaliste, c’est trop! »

Clara Toscani soutient également que si 2500 Canadiens sont enregistrés comme étant présentement aux Philippines, il est évident qu’ils n’embarqueront pas tous dans un vol le 14 avril – un autre vol est aussi prévu vers Vancouver. « Les plus démunis n’ont pas les moyens de payer ce vol. Imaginez si vous êtes un couple ou une famille, le prix double ou triple! »

Encore faut-il que les gens puissent acheter ce fameux vol, le temps d’attente en ligne avec PAL pouvant facilement monter à huit heures, sans aucune garantie d’obtenir un billet.

Espoir

Les Philippins vivent une crise sans précédent, économique et sociale, en raison de la COVID-19. Comment vraiment pouvoir aider les touristes dans ce cas-là, alors que ces derniers sont souvent mal vus, les gens croyant que ce sont eux qui ont apporté le virus? « Tout cela est très stressant et je remercie vraiment le député Simon-Pierre Savard-Tremblay qui fait aussi des pieds et des mains pour nous aider. »

« Il faut affréter un avion et l’envoyer les chercher au plus vite. L’idéal serait d’organiser des vols intérieurs pour que tout le monde puisse revenir sain et sauf », commentait le député bloquiste de Saint-Hyacinthe-Bagot, qui épaule Clara Toscani. Selon M. Savard-Tremblay, tout rapatriement harmonieux doit prendre en compte les éléments suivants : ceux qui ont acheté 2, 3 ou 4 billets n’ont tout simplement plus de fonds, et la grande majorité d’entre eux ont aussi besoin de pouvoir se rendre à l’aéroport international, alors qu’il n’y a plus de vols internes. À l’heure actuelle, Jeffrey Hamel tentait toujours de se procurer un billet pour le vol du 14 avril.

Une collecte de fonds GoFundMe a également été mise en place pour aider Jeffrey Hamel. Cette collecte se nomme Stranded in Philippines.

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