2 novembre 2017
Imitation brique au Faubourg de la Gare
Le Comité d’urbanisme tenu dans l’ignorance
Par: Benoit Lapierre
Le bureau de vente du projet Faubourg de la Gare avait été recouvert de panneaux de béton imitant la brique, comme ceux qui étaient prévus pour les bâtiments à venir.  Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le bureau de vente du projet Faubourg de la Gare avait été recouvert de panneaux de béton imitant la brique, comme ceux qui étaient prévus pour les bâtiments à venir. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le Comité consultatif d’urbanisme (CCU) de la Ville de Saint-Hyacinthe, qui a pour mandat d’étudier les projets de construction nécessitant son approbation, ignorait que les promoteurs du Faubourg de la Gare prévoyaient installer des panneaux imitant l’aspect et la couleur de la brique comme revêtement extérieur de leurs bâtiments.

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C’est ce qu’affirme aujourd’hui la présidente du CCU, la conseillère sortante Nicole Dion-Audette. « Nous pensions que c’était de la vraie brique lors de la présentation faite par Stéphane Arès et Bertrand Mathieu (propriétaires du site) à notre comité. Je ne crois pas qu’à l’époque, nous ayons insisté sur la nature du revêtement extérieur, qui nous paraissait être de la brique », a indiqué en entrevue celle qui siégeait jusqu’ici au CCU avec ses collègues Sylvie Adam et Bernard Barré (substitut). Selon nos informations, c’est l’entreprise Groupe B-Crete de Roxton Pond qui avait obtenu le mandat d’installer ces panneaux de bétons usinés sur les bâtiments du complexe Faubourg de la Gare. « La préfabrication vous permet de sauver du temps de gestion et de chantier. Selon le choix du fini, votre économie monétaire est d’au moins 25 % comparativement à une construction conventionnelle de maçonnerie », peut-on lire sur le site Internet de l’entreprise. À l’origine, le projet du Faubourg de la Gare était piloté par Stéphane Arès et Fernand Mathieu, et par le groupe Bellus développement immobilier de Brossard, présidé par Gilles Lépine, l’oncle par alliance de Claude Corbeil, maire sortant de Saint-Hyacinthe. Ce projet immobilier qui n’est finalement jamais sorti de terre devait se réaliser à l’angle du boulevard Laframboise et de la rue Delorme, sur le site des anciennes manufactures E.T. Corset (démolie à l’automne 2015) et Goodyear (dernière portion démolie en janvier 2014). Il consistait à construire 168 logements de type condos répartis dans huit bâtiments.

Hors du PIIA

L’emplacement était – et est encore – visé par un « programme d’implantation et d’intégration architecturale » (PIIA) dont l’un des critères est l’emploi de matériaux de revêtement « nobles », comme « la brique traditionnelle (ton de rouge) ». Dans ce cas-ci, les panneaux d’imitation semblaient donc proscrits. Mais la porte-parole de la Ville apporte une nuance. « Il y a un volet de ce règlement qui a un caractère discrétionnaire », soutient Brigitte Massé. Voilà pourquoi, selon elle, la Ville aurait pu autoriser la pose de panneaux de béton imitant l’aspect de la brique. L’ex-directeur du Service de l’urbanisme de Saint-Hyacinthe, Yvan Gatien, se souvient du dossier. Il reconnaît que les PIIA comportent une dimension discrétionnaire, mais qu’ils doivent être respectés dans leur esprit. « Pour ce projet, on aurait exigé de la brique, mais nous n’étions pas rendus à l’étape du permis. L’usage de la brique a toujours été farouchement défendu par le CCU », a commenté M. Gatien, maintenant à l’emploi de la Ville de Beloeil. En entrevue au COURRIER, M. Arès nous a confirmé que l’intention de Bellus était bien d’utiliser autre chose que de la brique traditionnelle. « Il n’y a jamais eu de cachette auprès du Service de l’urbanisme. Selon moi, il y a eu deux PIIA. La version de 2016 nous autorisait à poser des panneaux de béton », répond l’ancien propriétaire du site. 

« Catastrophique »

« C’est quand même assez catastrophique d’apprendre aujourd’hui que le projet de remplacement qui a ouvert la voie à la démolition de la E.T. Corset était de si piètre qualité », a commenté Marie-France D. Bouchard, cette consultante en architecture que s’était battue pour sauver la E.T. Corset. Finalement, l’ensemble du terrain vacant où se trouvaient les deux anciennes usines a été vendu à l’ingénieur Jean-Denis Major et à son partenaire d’affaires, Yan Jubinville. Ce nouveau duo de promoteur immobilier maskoutain a commencé la construction du Faubourg Laframboise, un complexe résidentiel qui regroupera 164 appartements à louer répartis dans six édifices de briques traditionnelles!

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