24 juin 2021
La CPTAQ prête à céder 10 hectares de terres à Exceldor
Le compromis du gros bon sens
Par: Martin Bourassa
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Ce n’est pas un miracle, mais presque, considérant la pente qu’il fallait remonter. Dans un revirement de situation aussi surprenant qu’inespéré pour certains, la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) vient d’entrouvrir la porte à un accommodement raisonnable visant à autoriser le prolongement d’activités industrielles en pleine zone agricole à Saint-Hyacinthe.

Après avoir refusé deux fois plutôt qu’une de consentir à une telle demande soumise d’abord par la Ville de Saint-Hyacinthe, puis par la MRC des Maskoutains, voilà que les commissaires viennent de changer leur fusil d’épaule.

Ils sont maintenant prêts à autoriser la modification de zonage de 10 des 24 hectares demandés, à condition que ce soit pour permettre la construction d’un nouvel abattoir de la coopérative Exceldor. Ce dernier doit prendre la relève de l’abattoir de Saint-Damase et garantir la poursuite de ses activités, en assurant au passage l’ajout et/ou la consolidation de quelque 600 emplois et la réalisation d’un investissement de 250 M$.

Sur les 24 hectares demandés par la MRC, une parcelle de 14 hectares devait être réservée pour la coopérative, et le reste servir à agrandir l’un des parcs industriels de Saint-Hyacinthe. Ce dernier volet est à oublier, mais la Ville de Saint-Hyacinthe en avait déjà fait son deuil, dans la mesure où ce signe de bonne volonté pouvait permettre au projet d’Exceldor de voir le jour.

Lors des représentations de la dernière chance qui se sont déroulées le 20 avril, la coopérative avait estimé qu’il lui fallait au minimum de 8 à 10 hectares pour réaliser la phase I et de 4 à 5 hectares supplémentaires pour réaliser la phase II.

Cette seconde phase devait lui permettre d’agrandir ses installations et de doubler son investissement initial et le nombre d’emplois sur le site dans un horizon de 10 à 15 ans. La CPTAQ lui propose 10 hectares. À prendre ou à laisser.

Elle demande à la MRC de s’en satisfaire et à Exceldor de revoir ses plans pour développer d’une seule phase un abattoir apte à répondre à ses besoins à très long terme. Gageons que c’est ce qui arrivera.

La CPTAQ va même jusqu’à imposer deux scénarios d’implantation et laisse 30 jours à la coopérative pour se brancher. Ces scénarios placent la future usine plus au nord que souhaité, près de Pinard. Ce site est plus éloigné du ruisseau Plein-Champ, considéré par la CPTAQ comme une barrière physique naturelle à l’expansion du parc industriel.

Les commissaires veulent éviter d’autres demandes d’exclusion. Ils refusent aussi au passage le prolongement de la rue Charles-Gilbert souhaité par la Ville. Cela devrait assurer l’avenir du passage à niveau sur le Grand Rang et éviter son démantèlement éventuel.

Ce rebondissement spectaculaire a des allures de victoire pour la MRC des Maskoutains, pour la Ville de Saint-Hyacinthe, pour l’organisme Saint-Hyacinthe Technopole et tout particulièrement pour Exceldor et la filière avicole. Pour l’instant, tout ce beau monde a le triomphe modeste. Ils préfèrent réserver leurs commentaires tant et aussi longtemps que la CPTAQ ne confirmera pas ses intentions.

Pour l’UPA de la Montérégie, c’est une tout autre histoire. Ses représentants n’ont pas vu venir ce dénouement. Trop confiants peut-être, ils ne donnaient pas l’impression d’avoir consacré beaucoup de sérieux à préparer l’audition du 20 avril, là où tout s’est finalement joué. Mais au final, soyons honnêtes, toutes les parties impliquées peuvent se satisfaire du compromis de dernière minute proposé par la CPTAQ. Il y a du bon et du mauvais des deux côtés!

Pendant l’analyse de la CPTAQ, j’avais écrit dans cette colonne qu’une lueur d’espoir subsistait. Je me cite pour le plaisir de la chose : « À première vue, il serait étonnant que la commission renverse son orientation et autorise l’exclusion des 24 hectares demandés. Mais pourrait-elle couper la poire en deux et autoriser le dézonage conditionnel d’une quinzaine d’hectares au profit d’Exceldor […]? Cela ne paraît pas impossible ce matin, même que ce serait la solution du gros bon sens. Souhaitons-le. »

J’avais vu assez juste. Alléluia!

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