31 juillet 2014
Le dernier aéroport…
Par: Le Courrier

Le 16 juin dernier, décédait du cancer Yolande Alix, ma conjointe depuis plus de quarante ans.

Durant ce long combat de près de sept ans, ce qu’elle en aura eu des gens qui ont pris soin d’elle et auront tenté sinon de sauver sa vie, au moins de la prolonger : médecins spécialistes, infirmières et infirmiers, auxiliaires, pharmaciens, préposés, personnel de soutien.Il y en aura eu aussi de ces unités de soins dont les appellations nous seront devenues familières : chirurgie, oncologie, radio-oncologie, radiologie, cardiologie. Que de nombreuses visites nous aurons fait mon épouse et moi en ces établissements : d’abord chez nous à l’Hôpital Honoré-Mercier et au CLSC des Maskoutains. Ajoutons à cela, l’Hôpital Général de Montréal, l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont et l’Hôpital Saint-Luc de Montréal; sur la Rive-Sud, l’Hôpital Pierre-Boucher et l’Hôpital Charles-Lemoyne. Il y aura eu aussi plusieurs mois d’hébergement à la Maison Jacques-Cantin de la Société canadienne du cancer, boulevard de l’Assomption, dans la métropole québécoise.Ce parcours aura été marqué quelquefois par l’espoir, tantôt les déceptions, souvent l’incertitude. Puis, sera arrivé l’inéluctable moment où ces métastases présents en permanence depuis tout ce temps, auront triomphé de tous les moyens disponibles pour les combattre, de ce corps qui ne pouvait plus en prendre.Ainsi, en cette matinée du 9 juin 2014, l’amour de ma vie, la mère et grand-mère de notre clan aura quitté pour une ultime fois cette résidence que nous occupons depuis près de quatre décennies. L’ambulance la transportait alors vers l’Unité des soins palliatifs de l’Hôpital Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe. Inutile de vous décrire en détails, tout le choc qu’engendre un tel départ.Ainsi, moi et les miens, nous nous sommes retrouvés dans cette chambre aménagée avec goût, au chevet de ma femme. C’est dans cette petite aile de l’immense et vénérable institution de soins prolongés que nous passerons les derniers jours de vie de ma chérie. Ce que nous y aurons reçu de tout le personnel en place, la patiente bien entendu, mais nous aussi les proches, c’est un soutien tellement plus que médical, un soutien si simplement humain. Ici, on ne joue pas à la cache-cache; on nous fait vite savoir avec tact qu’on ne soigne pas en ces lieux, mais qu’on soulage la douleur et qu’on accompagne la personne agonisante et les siens vers sa destination finale.Ses parents, ses frères et soeurs, gens de ma famille, sa meilleure amie auront pu la voir et lui parler. Ils nous auront accompagnés eux aussi dans ce douloureux segment de nos existences. En cette unité de soins palliatifs, nous aurons vécu une expérience de vie des plus troublantes, mais à quelque part enrichissante. Ce cheminement aura permis à cet amas de douleur gros comme un Airbus A-380 à notre arrivée en ces lieux, d’atterrir en douceur sur le tarmac de la vie. C’est ainsi que nous aurons pu laisser s’envoler librement et sereinement vers la Lumière, cette femme que nous aimions tant et que jamais nous n’oublierons. Notre Yolande aura été servie admirablement et en toute dignité en cet ultime aéroport de sa vie… Alors, vous qui oeuvrez en cette Unité des soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Saint-Hyacinthe, recevez nous plus sincères remerciements. Une fois de plus, vous avez été splendides et vous êtes si nécessaires qu’on en oublie trop souvent de le signaler. Et ces paroles s’adressent à tous ces anges terrestres qui ont cette même mission sur Terre.

Jacques P. MorinSaint-Hyacinthe

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