2 mai 2013
Cité et CLD : une équipe tricotée serrée
Le DG approuve les dépenses de sa conjointe
Par: Martin Bourassa
Le directeur général du CLD et de la Cité, Mario De Tilly, en compagnie de la directrice générale adjointe, Nathalie Laberge.

Le directeur général du CLD et de la Cité, Mario De Tilly, en compagnie de la directrice générale adjointe, Nathalie Laberge.

Formée d’une douzaine d’employés, la petite équipe du CLD Les Maskoutains et de la Cité de la biotechnologie est tissée serrée. Très serrée.

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C’est un secret de polichinelle à Saint-Hyacinthe que le directeur général, Mario De Tilly, et la directrice générale adjointe, Nathalie Laberge, font vie commune depuis une vingtaine d’années.

En revanche, le fait que M. De Tilly puisse depuis des années approuver lui-même les comptes de dépenses de sa conjointe étonne. « C’est ma responsabilité, oui absolument. Je l’ai toujours fait. Vous venez de découvrir ça, alors que ça fait 20 ans qu’elle travaille pour moi? Là, tu veux faire ta vipère, t’es content, t’as trouvé quelque chose… », tonne le DG du CLD et de la Cité, deux organismes financés en partie par de l’argent public.Il s’agit pourtant d’un conflit d’intérêt évident, aux yeux de Me Donald Riendeau, un expert en éthique et en bonne gouvernance.« Il n’y a pas de frontières à l’amour et il arrive qu’un directeur général puisse tomber en amour avec une employée. Lorsque cela se produit, cette situation représente un risque de déloyauté et est un conflit d’intérêts. Il est alors important de mettre des encadrements tels qu’éviter que le patron évalue seul son employé, approuve seul ses comptes de dépenses, accorde annuellement seul une augmentation de salaire, etc. Il revient au CA, qui est le patron du DG, de s’assurer que ces encadrements sont suffisants pour rassurer un tiers raisonnable et raisonnablement informé. »Mario De Tilly n’y voit pourtant aucune matière à controverse.« Pourquoi serais-je en conflit d’intérêts? C’est moi le responsable de la reddition de comptes. Penses-tu que je vais perdre ma job pour une question de quelques milles dollars par année? Un moment donné, il y a du monde honnête et la responsabilité professionnelle, c’est une notion qui existe aussi », a-t-il lancé au COURRIER.

Il embauche son beau-fils

Dans la même veine, M. De Tilly n’a pas hésité à embaucher le fils de sa conjointe, né d’une première union, au poste d’analyste financier du CLD, de mai 2010 à septembre 2011. C’est lui, à titre de DG de l’organisation, qui a fixé son salaire, avec la bénédiction du conseil d’administration, dit-il.

« Il a fait une job extraordinaire, c’est moi qui l’ai embauché d’abord comme étudiant et on a prolongé [son mandat] d’un an, car il ne nous coûtait vraiment pas cher. C’est aussi moi qui a établi son salaire. Eh oui, le conseil était au courant, il me semble, en tout cas l’exécutif assurément. »Des administrateurs n’ont pourtant aucun souvenir de ça, selon ce que nous avons pu vérifier. C’est LE COURRIER qui a appris ce lien de proximité aux conseillers municipaux de la Ville de Saint-Hyacinthe, Brigitte Sansoucy et Alain Leclerc.La première a siégé au c.a. du CLD de décembre 2009 jusqu’à tout récemment; le second au conseil et à l’exécutif du CLD et de la Cité, depuis les semaines suivant son élection en novembre 2009. Encore une fois, M. De Tilly ne se sent nullement en conflit d’intérêts par rapport à l’embauche de son beau-fils. « Non, c’est pour ça que j’ai demandé au conseil. Le conseil était au courant, l’exécutif et le FLI-Solide. »

D’autres liens

En passant en revue la courte liste des employés du CLD et de la Cité, il est possible de faire d’autres rapprochements entre certains employés.

Ainsi, le Commissaire à l’agriculture Claude Corbeil a la chance de pouvoir travailler avec son neveu. Ce dernier occupe le poste de conseiller au financement. Le fils du vice-président du comité exécutif de la Cité de la biotechnologie, André Barnabé, « un bon ami à moi » précise M. De Tilly, a aussi déniché un poste de commissaire industriel adjoint en milieu rural au CLD Les Maskoutains.« Ce sont tous des gens qui ont été embauchés pour leurs compétences. On a ouvert des postes, on a passé des entrevues, on a rencontré des gens. Ce sont des jeunes que nous avons formés et qui nous coûtent vraiment pas cher », souligne le DG.Selon Me Riendeau, des relations entremêlées au sein d’une même organisation peuvent tout de même laisser présager un certain favoritisme vu de l’extérieur.« Un OSBL qui reçoit des fonds publics n’est pas une entreprise familiale, il faut tenter d’éviter les apparences de népotisme. »

M.B.

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