31 décembre 2013
Le discours des prochartes
Par: Le Courrier

Je crois avoir trouvé ce qui me fatigue le plus dans le débat entourant la charte de la laïcité. Le problème se trouve dans le ton réducteur des militants pour la charte. Je les écoute et je trouve qu’ils manquent de respect, j’ai l’impression que si nous n’avons pas la même opinion, ils nous traitent comme des enfants. On joue sur le sensationnalisme. On ne parle que des exceptions et on les répète ad nauseam pour que la population ait l’impression que c’est la norme. Voilà pourquoi je me sens inconfortable.

Il est évident que je suis pour l’égalité de la femme et de l’homme. Je suis contre les signes de soumission, je n’aime pas que certains hommes contrôlent leur femme. Par contre, je suis absolument certain que d’interdire le port de signes religieux ne va pas améliorer comme par magie le sort de ces femmes. Tout comme ça n’améliorera pas le sort des Québécoises de souche qui sont soumises elles aussi. On peut prendre l’interdiction de la marijuana comme exemple. La consommation ne diminue pas et au contraire, elle stigmatise les utilisateurs et leur donne plus de difficultés pour s’en sortir. Selon mon point de vue, avec l’interdiction du port de signe religieux, il sera plus difficile pour certaines femmes de s’intégrer à la société. Si elles s’intègrent moins bien, elles n’auront pas d’autres points de vue que celui de leur religion, de leur mari. Les hommes n’auront pas une plus grande ouverture d’esprit parce que la loi est ainsi faite. Donc, feront-ils le choix de changer de pays, ou encore, est-ce qu’ils enfermeront leur femme? L’égalité et la soumission de la femme sont des problèmes que la charte ne règlera pas. Arrêtez de nous passer ce discours-là. Le seul moyen que nous pouvons utiliser pour tenter d’enrayer ce fléau est l’éducation. Une éducation qui sera empreinte d’ouverture et qui discutera de ces problèmes. En plus, il faudra que des mécanismes soient mis en place pour dénoncer des cas d’abus. Au même titre que l’on peut maintenant porter plainte à la place d’une femme qui est violentée. Pour ce qui est des immigrants, ils devront être éduqués sur les valeurs égalitaires de la société québécoise. Ils devront connaître les conséquences de leurs gestes même si c’est dans leur maison, derrière des portes closes. Finalement, parce que ça ne règlera rien, je suis contre l’interdiction du port de signes religieux. Je crois que ceux qui représentent l’autorité ne devraient pas en porter. Par contre, je ne vois aucun problème à ce que mon enfant ait une enseignante avec un hijab ou un enseignant avec une kippa. Qu’est-ce qu’on fait avec un homme qui porte la barbe à cause de la religion par rapport à quelqu’un qui ne fait que porter la barbe? Le danger de l’endoctrinement n’est pas dans ce que la personne porte, mais plutôt dans le discours qu’elle a. Si un enseignant québécois de souche ne porte pas de croix, mais tente de convaincre ses élèves de pratiquer la religion catholique, là j’y vois un problème. C’est un peu comme le discours des prochartes, ils tentent de nous endoctriner en parlant d’égalité femme-homme, mais sans nous démontrer que ça va vraiment fonctionner.

Jean-Simon Carrier,enseignant à Saint-Hyacinthe

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