22 août 2019
Forum
Le double discours municipal
Par: Le Courrier

La menace de la fermeture des six quotidiens importants du Groupe Capitales Médias (GCM) a soulevé l’inquiétude auprès des élus des différents paliers de gouvernement cette semaine. Si Québec a finalement allongé une somme pour la survie, le président de la Fédération québécoise des municipalités, Jacques Demers, a lancé un cri du cœur en faveur de la survie de ces médias.

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« Vous conviendrez avec nous que l’arrêt de la publication des journaux Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Quotidien, Le Droit, La Voix de l’Est et La Tribune constituerait une catastrophe pour la vie économique et démocratique au Québec », peut-on lire dans sa déclaration rendue publique le 14 août.

C’est ici que je m’indigne. Doit-on rappeler à Jacques Demers que la FQM a milité durant plusieurs mois lors du projet de loi 122 du gouvernement de Philippe Couillard pour une plus grande autonomie dans la diffusion de l’information municipale?

Bien que je ne doute pas de la bonne foi de M. Demers, je l’invite à être conséquent dans son raisonnement. La Fédération québécoise des municipalités a déposé un mémoire dans le cadre de l’étude du projet de loi 122 en 2017, alors que Philippe Couillard gouvernait la Belle Province. À ma plus grande surprise, on y lit que la FQM voulait une modification des lois gouvernementales en lien avec la diffusion de l’information. Les municipalités voulaient se munir du droit souverain de choisir la plateforme de diffusion appropriée pour informer la population sur la vie municipale.

« Les municipalités auront désormais l’option, via l’adoption d’un règlement, de publier un avis public dans le journal local et/ou par affichage au bureau de la municipalité et, obligatoirement, sur Internet. Ce choix n’existait pas auparavant. Cette nouvelle possibilité constitue une modernisation dans les façons de faire des municipalités et suit le mouvement du numérique enclenché depuis plusieurs années dans les organismes publics », peut-on lire dans le mémoire de la FQM publié le 14 février 2017.

Il n’aura fallu attendre que quelques mois après l’adoption de ce projet de loi néfaste pour la démocratie afin de voir des dizaines de municipalités aux quatre coins du Québec décider de retirer les avis publics dans les médias locaux. On venait ainsi priver les médias locaux et régionaux d’importants revenus nécessaires à leur fonctionnement. Une bonne vieille tactique qu’est celle d’affaiblir l’ennemi.

Avec en plus la cannibalisation de près de 75 % des revenus publicitaires par les membres de GAFA [Google, Amazon, Facebook et Apple] sur le territoire québécois au cours des cinq dernières années, les médias locaux et régionaux ont été relégués aux oubliettes par nos élus. Des centaines d’emplois ont disparu chaque année, mais voilà qu’on se réveille.

Il serait temps que la FQM prenne ses responsabilités et invite les 1105 municipalités du Québec à emboîter le pas afin de sauver l’information locale et régionale sans quoi ce sera des journalistes installés à des centaines de kilomètres qui seront vos chiens de garde de la démocratie municipale.

Carl Vaillancourt, ancien journaliste, Saint-Hyacinthe

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