27 juin 2019
Le ferme Équinoxe : un rêve de club Med pour la biodiversité
Par: Le Courrier

À la ferme Équinoxe, on cultive principalement du bleuet et des asperges. La culture de petits fruits suscite un vif intérêt auprès des cueilleurs, mais également auprès des oiseaux. Afin d’effaroucher les compétiteurs non désirés, l’agricultrice utilise les services de Mirador, une buse de Harris. L’oiseau agit en tant que véritable gardien de la culture, avec l’aide du maître fauconnier. Photo Luc Parent | MRC des Maskoutains ©

Luc Parent et Jeannine Messier et la Buse de Harris. Photo Luc Parent | MRC des Maskoutains ©

En collaboration avec la MRC des Maskoutains, Le Courrier présente une série d’entrevues réalisées avec une dizaine de producteurs agricoles qui ont participé à la 2e édition du projet Le photographe est dans le pré. Ils étaient jumelés avec des photographes du Club Photo Saint-Hyacinthe. Par leurs images, ils devaient valoriser le travail de ces agriculteurs qui s’appliquent à préserver la biodiversité de leur milieu de vie et de travail. Jeannine Messier a accueilli chez elle le photographe Luc Parent.

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La ferme Équinoxe, à Saint-Pie, est située sur le site d’une bleuetière qui était en production pendant bien des années avant que Jeannine Messier ne s’y installe avec sa famille. Quand elle était plus jeune, elle venait tous les ans y cueillir des bleuets. Chaque fois, elle demandait au propriétaire si c’était à vendre. Il a fini par lui proposer le transfert de propriété avec des arrangements avantageux. Pour Jeannine Messier, c’était un rêve devenu réalité.

Quelles actions avez-vous entreprises sur votre ferme pour améliorer la biodiversité?

« On peut parler des bandes riveraines, des haies brise-vent et de mon boisé. Je n’ai pas beaucoup d’efforts à faire, seulement entretenir ce que la nature offre déjà. »

Mme Messier a fait réaliser un plan d’aménagement forestier de la partie boisée. Elle suit les conseils de l’ingénieur forestier qui recommande entre autres de garder des arbres morts pour la biodiversité.

En plus de maintenir une bonne largeur de bande riveraine dans la portion du ruisseau dont elle est propriétaire, Mme Messier fait aussi du semis direct sur 36 acres de culture de céréales, pour la conservation des sols.

Jeannine Messier a eu l’idée originale d’utiliser un oiseau de proie pour effaroucher les oiseaux dans sa bleuetière. Mais depuis l’an dernier, elle a dû se résigner à installer des filets à cause de la drosophile, un insecte qui attaque le bleuet. Mais tout autour des plantations, la flore et la faune sont abondantes et diversifiées.

Il y a aussi des actions qu’elle évite, précisément dans le but de conserver la biodiversité. « Mes filets sont là pour me dispenser des insecticides. Avec les filets, il n’y a eu aucune capture de drosophile dans les pièges. »

Entre les rangs de bleuets, on trouve de larges bandes de végétation. Mme Messier utilise quand même de l’herbicide au sol, mais c’est appliqué très localement en lien avec un agronome. À ce sujet, elle reconnaît qu’une réflexion s’impose.

Quel bénéfice tirez-vous de vos actions?

« Je suis choyée d’avoir un milieu si propice à conserver la biodiversité. L’agriculture durable en bénéficie aussi parce que les arbres sont les poumons de la planète. Ça entretient le cycle de la vie. Je comprends que faire de la grande culture parmi des petits morceaux de terre avec la grosse machinerie, c’est compliqué. Moi je dis que c’est la machinerie qui est trop grosse. Ici, nous pratiquons une agriculture à dimension plus humaine. En plus, ça fait un beau décor. »

Mme Messier et sa famille se nourrissent en grande partie de ce qu’ils produisent. Ils savent ainsi ce qu’ils consomment. « Les bleuets, on sait ce qu’on ne met pas dessus. Grâce à nos congélateurs, on profite de la profusion de fruits et légumes de l’été pendant toute l’année. Je pense qu’on peut manger local en tout temps. »

Comment faites-vous pour avoir un rendement maximum tout en protégeant l’environnement?

« N’appliquant pas d’insecticides, j’ai une belle diversité d’insectes dans le champ à cause du boisé. » Mme Messier n’a pas besoin d’acheter de pollinisateurs ou de louer des ruches. De toute façon, on ne pourrait pas dire que c’est du miel de bleuet parce qu’il y a bien d’autres fleurs autour.

« Quant au semis direct, ça peut être payant. Ça évite beaucoup de passages et de consommation de diesel. Aussi, dès qu’on prend en considération la santé du sol, on est gagnant. Les rendements peuvent être un peu moindres, mais ce que ça coûte pour arriver à ces rendements optimaux, c’est ce qu’on doit calculer quand on parle de haie brise-vent, de bandes qu’on laisse aller sans cultiver. »

Avec le règlement sur les bandes riveraines, il est évident pour Mme Messier qu’au lieu d’écoper d’une amende, les producteurs aimeraient mieux être récompensés pour les parties de terrain protégées, par une baisse de taxe foncière.

Comment voyez-vous l’agriculture du futur en lien avec la protection de l’environnement?

« Moi, je pense que ça va venir des consommateurs. » Mme Messier croit que de plus en plus, le consommateur voudra savoir comment le produit est cultivé. Elle croit dans le marché local et l’agrotourisme. « Les grosses fermes vont toujours rester, mais il va y avoir des petites fermes qui vont être de plus en plus présentes et efficaces. » Pour la relève agricole, Jeannine compte sur des programmes comme le FIRA. Dans les écoles d’agriculture, il y a de plus en plus de filles. Mme Messier souhaite que l’implication des femmes, « ça ne soit pas juste une saveur du moment ». Pour les femmes, la question financière est souvent un obstacle. « L’aspect financier est important, mais il y a l’environnement aussi. Je pense que les deux sont capables de marcher côte à côte. »

Est-ce que la présence accrue des femmes en agriculture aura une influence sur la protection de l’environnement? Pour Jeannine Messier, « l’environnement, ce n’est pas genré, c’est l’affaire de tout le monde ».

Ceux qui viennent cueillir des bleuets chez elle peuvent constater, à leur tour, à quel point la ferme Équinoxe, « c’est un vrai club Med pour la biodiversité »!

Par Micheline Healy

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