4 juin 2020
Piétonnisation de la rue des Cascades
Le grand fossé
Par: Martin Bourassa

Leadership à retardement. C’est en faisant ce qu’il aurait dû faire depuis le début que le maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil, a réussi à trouver une sortie de crise à l’affrontement qui divise le centre-ville depuis un bon deux semaines sur la piétonnisation de la rue des Cascades.

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On pourrait résumer ça aux restaurateurs d’un bord et aux boutiques de l’autre. Ou plus grossièrement à la jeune génération à gauche et aux « boomers » à droite. Un fossé s’est creusé sur la Cascades et dans une certaine mesure entre les générations de commerçants.

Jeudi matin dernier, sans doute inspiré ou exaspéré par ce qu’il avait lu dans LE COURRIER, notre maire a pris le téléphone et convié de toute urgence des partisans des deux camps à l’hôtel de ville. Il a réuni des marchands mécontents à l’idée d’interdire la Cascades aux automobilistes et de farouches partisans, dont la présidente de la Société de développement commercial (SDC) du centre-ville et le conseiller du quartier, Jeannot Caron, grand artisan de ce projet bien mal pensé et présenté.

Dans le camp des modérés sensés face à la piétonnisation, on retrouvait les représentants de Saint-Hyacinthe Technopole et du côté des meneuses de claque qui pencheront toujours du côté de la position défendue par la Ville de Saint-Hyacinthe peu importe les dossiers, la directrice et la présidente de notre chambre de commerce.

Au terme d’échanges parfois corsés, dit-on, un semblant de consensus imposé par le maire est apparu autour d’une troisième version d’un projet pilote qu’on nous disait pourtant soigneusement réfléchi (!) au départ.

Oubliez la piétonnisation sept jours sur sept sur 12 semaines, puis du jeudi au dimanche sur cinq semaines à partir de juin. C’est finalement en juillet, du jeudi au dimanche, et pendant cinq week-ends consécutifs que les Maskoutains pourront marcher la Cascades, sans se soucier des voitures ou des piétons envahissants (?) sur les trottoirs étroits.

Voilà un compromis qui nous apparaît sensé et qui sera beaucoup plus pertinent à expérimenter en juillet qu’en juin. Et bonne nouvelle, la Ville de Saint-Hyacinthe a aussi confié à Saint-Hyacinthe Technopole le difficile et délicat mandat de suivre l’expérience pour en dresser le bilan. Bonne idée de faire appel à cet organisme plutôt qu’à la SDC, qui a perdu quelques plumes de neutralité et de crédibilité dans cet exercice en appuyant la première mouture du projet pilote sans se donner la peine de sonder l’ensemble de ses membres. Avec le résultat que l’on connaît.

Il ne sera toutefois pas facile de mesurer la réussite ou l’échec du projet pilote compte tenu de toutes les variables pandémiques, commerciales, météorologiques ou autres. L’affluence, s’il y a, se traduira-t-elle par des recettes accrues pour tous les commerçants? Comment sonder ceux et celles qui bouderont le centre-ville faute de pouvoir se garer en face des commerces de la Cascades? Et comment mesurer l’impact COVID-19?

Beau casse-tête dans la mesure où les commerçants risquent de demeurer campés sur leur position initiale. On verra en temps et lieu, mais dans l’immédiat, il fallait d’abord calmer les esprits au centre-ville. Dans une certaine mesure, notre maire est donc parvenu à calmer la tempête soulevée par le conseiller Caron. Par ses manœuvres dans ce dossier, ce dernier aura trouvé le moyen de faire mal paraître à la fois ses collègues élus municipaux et ses collègues de la SDC où il siège. Rencontré récemment sur la rue, il s’était vanté de ne pas avoir consulté les marchands sous prétexte qu’il connaissait d’emblée les positions de chacun.

Pourquoi perdre du temps quand on est convaincu de posséder la vérité et de savoir mieux que personne ce qui est bon ou pas pour le centre-ville?

Parce que le rôle d’un conseiller municipal consiste à représenter et à défendre les intérêts de tout le monde, citoyens et commerçants. Il doit surtout s’efforcer de rassembler plutôt que de diviser.

Voilà de grands principes qui ont été oubliés dans ce dossier, autant par la Ville que la SDC. Il aurait été préférable de mettre dans le coup en partant tous les marchands du centre-ville et de chercher avec eux le bon compromis au lieu de leur en imposer un qui déplaît finalement à un peu tout le monde.

Mais il aurait fallu dès le départ exercer un leadership fort et communiquer adéquatement. Ce n’est pas arrivé.

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