30 septembre 2021
Municipalisation de l’aéroport de Saint-Hyacinthe
Le jour de la marmotte
Par: Le Courrier
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Si on ne peut changer le passé, il semble toutefois possible de le reproduire. C’est ce que vient de faire la Ville de Saint-Hyacinthe avec la municipalisation de l’aéroport.

En juillet 2003, une manchette du COURRIER disait ceci : la Ville ne veut plus acheter l’aéroport. Téléportons-nous dix-huit ans plus tard. À la Une de notre édition du 16 septembre dernier, nous retrouvions ce titre lumineux, à défaut d’être inédit : la Ville renonce à acheter l’aéroport. Encore et encore, comme le chante si bien Laurence Jalbert.

Une forte impression de déjà-vu se dégage de ces deux nouvelles qui reposent sur le même constat : acheter cette infrastructure au potentiel limité ne tient pas la route. Fait à noter, dans les deux cas, nos reportages mentionnaient que la Ville de Saint-Hyacinthe s’était désistée après que la MRC des Maskoutains eut fait la même chose.

Quand on prend le temps de relire ces reportages, écrits à presque vingt ans d’intervalle, on se rend compte que les raisons invoquées par la Ville de Saint- Hyacinthe sont toujours sensiblement les mêmes. Bien peu d’éléments ont changé pour le mieux entre les deux analyses. C’est plutôt le contraire! Les irritants d’hier sont encore d’actualité aujourd’hui. Même que si cela se trouve, il y a beaucoup plus d’éléments qui inciteraient l’acheteur avisé à prendre ses jambes à son cou en 2021 qu’en 2003, du moins si l’on se fie au constat dressé par la firme Octant Aviation. La question principale était donc de savoir si la Ville de Saint-Hyacinthe pouvait être qualifiée d’acheteur avisé. Il semble que oui.

Le désistement s’impose quand on consulte les différents rapports produits par Octant Aviation pour le compte de la MRC des Maskoutains. En passant, nous avons demandé ceux produits par cette même firme au bénéfice de la Ville de Saint-Hyacinthe, mais notre demande d’accès est en cours d’analyse.

Faute de mieux, les documents reçus de la MRC permettent tout de même de comprendre assez bien pourquoi cette dernière a décidé de passer son tour et pourquoi la Ville en arrive à la même conclusion : la piste est en fin de vie utile, même si Transports Canada ne s’en inquiète pas trop (voir texte page 18).

Cette piste est surtout trop courte et pas assez large pour permettre des activités autres que récréatives. Même si certains utilisateurs estiment qu’elle pourrait être allongée pour y attirer des jets d’affaires, l’expert d’Octant Aviation semble d’un avis contraire. La piste doit et peut être refaite et élargie, mais l’environnement actuel compromet toute tentative de la prolonger de façon significative.

Ce qui aurait été significatif cependant, c’est le prix à payer.

Pour l’acheter d’abord, puis pour revamper les installations. Pour l’acquisition, rappelons que la Ville aurait pu l’obtenir pour 75 000 $ en 2003. Elle a refusé puisqu’il lui aurait fallu ajouter 300 000 $ en travaux d’améliorations et 50 000 $ en frais d’exploitation annuels. Vingt ans plus tard, la Ville estime la dépense totale à plus ou moins 5 M$.

Et quant au retour espéré sur cet investissement, il ne tient pas à grand-chose, s’est désolé le maire Claude Corbeil en voyant s’envoler sa promesse électorale de 2017. Il n’aura pu livrer la municipalisation promise pour des raisons de rentabilité incertaine, une formule qu’on aurait certes pu utiliser pour parler des investissements consentis pour la biométhanisation, le centre de congrès municipal ou le réaménagement de la promenade Gérard-Côté.

Le grand perdant de toute cette saga est encore et toujours Gabriel Chartier, le propriétaire de l’aéroport, qui n’a pas dit un mot ni donné signe de vie depuis que la municipalisation est revenue dans l’actualité ces dernières semaines. Son silence est aussi étonnant qu’inhabituel, lui qui a toujours défendu son bébé.

Il se retrouve à la tête d’un aéroport qui a besoin d’amour et ce n’est plus un secret pour personne. C’est même maintenant fortement documenté. Un coup de barre s’impose à l’aéroport et il ne viendra pas de la Ville ni de la MRC. La suite ne devrait pas prendre 20 ans à s’écrire.

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