4 octobre 2011
Procès de Sébastien Lalime
Le jury délibère
Par: Le Courrier

Le jury au procès de Sébastien Lalime, 24 ans, a entamé mardi ses délibérations en vue de déterminer si le jeune homme est coupable du meurtre prémédité de son frère Jonathan Lalime, qui souffrait de schizophrénie.

L’accusé avait lui-même contacté les policiers, en février 2010, afin d’admettre son crime, survenu neuf mois plus tôt, et de guider les enquêteurs vers un boisé de Saint-Théodore-d’Acton, où il avait enterré le corps de son frère.

Dans la présentation de sa preuve, la Défense a appelé à la barre plusieurs membres de la famille des deux frères Lalime afin de témoigner du contexte particulier dans lequel le drame est survenu. Le caractère violent de la victime, qui s’expliquait selon les témoins par sa maladie et de sa consommation de drogue, a été largement exposé au jury, de même que les agressions physiques et sexuelles qu’il avait fait subir à sa propre mère.Selon la Défense, c’est justement dans le but de protéger sa mère que Sébastien Lalime aurait rencontré son frère, le 7 mai 2009, pour lui demander de quitter la résidence maternelle, où Jonathan avait élu domicile quelques jours plus tôt.À bord de sa voiture, Sébastien aurait confronté son frère quant à la relation qu’il entretenait avec leur mère. Jonathan lui aurait répondu : « J’aime être avec maman. Maman aime être avec moi. Et personne ne va m’empêcher de la voir ». « Après j’ai perdu le contrôle. Je lui ai donné un coup de couteau dans le cou », a raconté l’accusé devant le Tribunal. Selon son témoignage, ce n’est qu’après avoir commis l’irréparable que Sébastien Lalime serait allé chercher une pelle pour enterrer le corps de son frère. « Je ne voulais pas le tuer, a-t-il dit. Je ne dors plus depuis cet événement. Je regrette ce que j’ai fait. » Or, les aveux de Sébastien Lalime aux enquêteurs en février 2010 révèlent une lecture différente des événements. Dans la vidéo de l’interrogatoire, l’accusé affirme plutôt qu’il avait déjà menacé son frère de mort dans le passé et que Jonathan était la personne qu’il haïssait le plus. Il aurait quitté son domicile au matin du 7 mai 2009 avec l’intention « d’en finir » avec son frère. Il transportait une pelle, un couteau et un linge dans son véhicule, selon cette première version des faits. Vendredi dernier, la preuve de la Défense s’est terminée en queue de poisson lorsque le juge a retenu une objection de la procureure de la Couronne, Me Marie-Claude Morin, et a refusé d’entendre le psychiatre Pierre Mailloux, qui devait agir à titre d’expert. Conséquemment, la présentation de la contre-expertise de la Dre Stéphanie Borduas-Pagé a elle aussi été annulée. Cette décision a d’ailleurs mené le jury à formuler une question au magistrat quant aux raisons le privant de tels témoignages.

Trois verdicts possibles

Au moment de mettre sous presse, le jury était toujours en délibération. Bien qu’il soit établi que Sébastien Lalime ait tué son frère, il revient aux douze jurés de déterminer s’il est coupable d’un meurtre au premier degré, d’un meurtre au deuxième degré ou d’un homicide involontaire coupable. Les trois verdicts possibles se distinguent essentiellement par le caractère prémédité et l’intention du geste posé le 7 mai 2009.

À l’extérieur du Tribunal, la famille attendait patiemment le verdict. « Chose certaine, ce drame ne se serait pas produit si le système fonctionnait, si les personnes atteintes d’une maladie mentale étaient prises en charge correctement », répétait le père de l’accusé et de la victime, Serge Lalime. Jonathan Lalime possédait un épais dossier judiciaire, qui remontait au début de son adolescence. À la demande de ses parents, le Tribunal avait ordonné à trois reprises qu’il soit soigné contre sa volonté. Mais à chaque fois, Jonathan Lalime troquait la médication pour la drogue sitôt sorti de l’hôpital.

image