6 octobre 2011
Soulagement pour Sébastien Lalime et sa famille
Le jury rend un verdict d’homicide involontaire
Par: Le Courrier

Après cinq jours de délibération, le jury au procès de Sébastien Lalime, accusé du meurtre de son frère Jonathan, a rendu dimanche un verdict d’homicide involontaire, rejetant du même coup l’accusation de meurtre au premier degré portée contre lui et évitant au jeune homme une peine minimale de 25 ans en prison.

Le jury a ainsi estimé que Sébastien Lalime, 24 ans, n’avait pas prémédité le meurtre de son frère et qu’il n’avait pas l’intention de le tuer lorsque l’irrémédiable s’est produit, en mai 2009. Ils ont retenu la version selon laquelle l’accusé aurait été provoqué par une réplique sordide et un sourire baveux de son frère, un homme schizophrène qui avait fait subir de nombreux sévices physiques et sexuels à leur mère.

Il s’agit d’une victoire éclatante pour la Défense. Dans un ultime effort pour éviter au jeune homme de faire face à une accusation de meurtre au premier degré, l’accusation la plus grave du Code criminel, le procureur André Lapointe avait proposé au ministère public que son client plaide coupable à une accusation réduite de meurtre au deuxième degré. Si la Couronne a fermé la porte à cette éventualité, Sébastien Lalime aura finalement écopé d’un meilleur sort devant le jury.« Le meurtre au premier degré, c’est une peine de 25 ans minimum. Mon client s’est lui-même rendu à la police. Sans ses aveux, les enquêteurs n’avaient aucune preuve. Mais la poursuite ne voulait rien savoir », a raconté Me Lapointe.La procureure de la Couronne, Me Marie-Claude Morin a déjà annoncé qu’elle évaluait la possibilité d’en appeler du verdict. Deux objections importantes de sa part, dont une aurait pu changer passablement la présentation de la preuve de la Défense, ont été rejetées par le juge de la Cour supérieure, Claude Champagne, pendant le procès.« L’appel ne m’inquiète pas, a laissé tomber Me Lapointe, après des semaines particulièrement tendues entre les avocats des deux parties. Si Me Morin n’a aucune considération pour moi et mon client, j’imagine qu’elle en a quand même un peu pour le jury et pour l’institution qu’il représente dans notre société. » Le procureur de la Défense avait notamment reproché à la Couronne son intransigeance et son manque d’humanisme en cours de procès. Me Morin avait pour sa part laissé entendre à plusieurs reprises que Me Lapointe tentait de faire une mauvaise réputation à la victime afin d’influencer l’opinion du jury.Dimanche, au Palais de justice de Saint-Hyacinthe, la famille réunie derrière Sébastien Lalime qu’elle appuie depuis le premier jour de cette affaire, a accueilli sobrement le verdict du jury. « C’est beaucoup d’émotions. Un de mes gars en a tué un autre, a rappelé Serge Lalime, le père de Sébastien qui a aussi élevé Jonathan comme son propre fils. C’est horrible à dire, mais Jonathan ne nous manque pas. Avant qu’il meure, on vivait constamment dans la peur. C’est un immense poids de moins. C’est effrayant de parler de même de son fils, mais c’est la vérité. »Violent, Jonathan avait accumulé les dossiers judiciaires au fil des ans. À trois reprises, le Tribunal avait ordonné qu’il soit hospitalisé contre son gré à la demande de ses parents. « On est la conséquence d’un système qui laisse complètement à elles-mêmes les familles aux prises avec des cas de maladie mentale », constatait M. Lalime.Les représentations sur sentence sont prévues le 15 novembre. Bien que sa réflexion ne soit pas terminée, Me André Lapointe pourrait suggérer une peine de 10 ans d’emprisonnement, ce qui rendrait son client admissible à une libération conditionnelle après un peu plus de trois ans.Sébastien Lalime s’était lui-même rendu aux autorités policières en février 2010. Il avait guidé les enquêteurs vers le corps de son frère, qu’il avait caché dans un boisé de Saint-Théodore-d’Acton. -30-

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