9 avril 2020
Le lait en manque de clients
Par: Véronique Lemonde

Peter Strebel, producteur laitier de Saint-Blaise-sur-Richelieu et représentant des producteurs de lait de la Montérégie-Ouest. Photo gracieuseté

Du jour au lendemain, avec les mesures de confinement, la fermeture des commerces non essentiels et celle de nombreuses institutions publiques, la demande pour le lait de consommation a chuté brutalement de plus de 25 % au Québec. Une dégringolade qui n’est pas sans causer des problèmes à la filière du lait qui peine, en temps normal, à suffire à la demande.

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« Dans notre système de gestion de l’offre, la sécurité alimentaire est primordiale. Alors, dans les premiers jours où les gens se sont confinés, nous avons eu une hausse de la demande de près de 20 %, des volumes supplémentaires de lait que la filière peut très bien produire. La planification des producteurs de lait est faite pour que nous puissions facilement gérer des hausses et des baisses entre 15 et 20 % sans gaspillage. Cependant, en perdant soudainement tout le secteur des HRI [hôtels, restaurants et institutions], à cause des fermetures, c’est un changement vraiment drastique pour nous », explique Peter Strebel, producteur laitier de Saint-Blaise-sur-Richelieu et représentant des producteurs de lait de la Montérégie-Ouest.

Planifiée annuellement, la filière laitière du Québec a en temps normal les outils adéquats pour gérer les surplus de lait, ce dernier pouvant être transformé en beurre ou en fromage, équilibrant l’offre et la demande. Cependant, à la suite de cette chute soudaine de la demande de lait de consommation, les producteurs sont restés pris avec des quantités invendues. C’est pourquoi 1 % de la production provinciale de lait a été jeté la semaine dernière, soit l’équivalent de 650 000 litres de lait. « Le lait peut demeurer maximum 48 heures à la ferme avant de quitter, le reste, s’il n’est pas repris autrement, est perdu. Pour le lait qui a été jeté la semaine dernière, la décision s’est prise collectivement selon des circuits de ramassage précis. Moi, personnellement, je n’ai pas jeté de lait », ajoute M. Strebel.

Donner, mais…

Dans toute cette situation, Peter Strebel trouve le jugement des gens bien sévère alors que plusieurs ont affirmé que les producteurs devraient donner les invendus aux banques alimentaires et aux gens dans le besoin, en ces temps de la COVID-19.

« C’est frustrant d’entendre de telles choses alors que la Fédération des Producteurs de lait du Québec a donné plus de 2 millions de litres de lait gratuitement aux banques alimentaires la semaine dernière. Ce lait a été gratuitement transformé en fromage pour assurer sa conservation et remis à des banques alimentaires. Nous avons un programme de dons à la Fédération. Donc, nous avons fait tout notre possible pour gaspiller le moins de lait possible. Cependant, même les banques alimentaires refusent certaines quantités de lait, car cela représente de trop grands volumes pour elles. Elles doivent avoir les bénévoles en conséquence pour gérer le tout et les réfrigérateurs requis. Nous voudrions donner plus, mais nous sommes limités. »

M. Strebel mentionne également que la politique de certaines épiceries limitant certaines denrées à deux articles par client met un frein à la vente de lait de consommation. « Toutes nos commandes de lait sont remplies à 100 % présentement et toutes les épiceries ont leurs livraisons deux fois par semaine. Nous essayons de freiner notre production pour avril, mais ce n’est pas évident. Les vaches ne sont pas des machines que nous arrêtons quand bon nous semble. » En effet, quelques vaches peuvent être taries pour stopper la lactation dans une certaine mesure, mais cette méthode n’apporte qu’une solution bien éphémère et temporaire.

Personne ne sait combien de temps durera la crise de la COVID-19. Il y a fort à parier que la Fédération devra de nouveau jeter de 1 à 3 % du lait produit dans les fermes du Québec dans les semaines à venir.

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