22 juillet 2021
Le legs d’une mère à sa fille
Par: Maxime Prévost Durand

Kim Barré aurait aimé participer aux Jeux olympiques lorsqu’elle était elle-même haltérophile, mais elle est tout aussi heureuse de voir sa fille, Tali, vivre cette expérience cette année. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Lorsqu’elle était elle-même athlète, à la fin des années 80 et début 90, Kim Barré s’était battue pour que les femmes puissent participer aux Jeux olympiques en haltérophilie. C’était sans se douter que sa fille, Tali, réaliserait ce rêve qu’elle-même n’a jamais pu concrétiser, exactement 30 ans plus tard.
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Lors du Championnat du monde d’haltérophilie de 1991, les quatrièmes auxquels elle prenait part, Kim Barré avait fait circuler une pétition afin de voir les femmes prendre part aux Jeux olympiques dans son sport l’année suivante en 1992. Plus de 90 athlètes provenant de 18 délégations différentes avaient appuyé sa démarche. Remise en mains propres à Dick Pound, membre du Comité international olympique, la pétition avait été même saluée par le secrétaire général de la Fédération internationale d’haltérophilie, Tamas Ajan.

« J’ai été élevée comme ça chez nous. Si tu veux que les choses changent, implique-toi. Ce n’est pas en chialant que les choses vont changer, dit celle qui est la fille de Bernard Barré, conseiller municipal du quartier La Providence, dans une entrevue accordée au COURRIER. Je me suis dit que j’allais faire la démarche et voir où ça allait mener. J’avais espoir que ça irait assez vite pour que je puisse en profiter. »

Mais les choses n’ont pas bougé aussi rapidement qu’elle l’aurait voulu. Ce n’est qu’en 2000, à Sydney, que les femmes ont finalement pu vivre les Jeux olympiques en haltérophilie, quelques années après que la Maskoutaine ait pris sa retraite sportive.

« Quand j’ai fait cette démarche, Tali n’était pas au monde. Je n’étais pas axée sur la famille à ce moment. Je ne pensais jamais que c’est ma fille qui se rendrait là », confie Kim Barré.

« Aujourd’hui, je suis vraiment contente de voir que c’est Tali qui va être là. Je suis tout aussi heureuse que si c’était moi qui l’avais vécu », ajoute-t-elle un plus tard dans la conversation.

À l’époque, l’ex-haltérophile estimait qu’elle avait le potentiel pour participer aux Jeux olympiques, elle aussi, si les femmes avaient été admises dans son sport. « J’étais sur l’équipe nationale alors je pense que j’aurais pu me qualifier. Mais le sport a beaucoup évolué depuis. Si je prends les barres que je faisais et celles que Tali lève, ça ne se compare pas. Mais à l’époque, avec ce que je faisais, j’aurais eu de bonnes chances. »

Une admiration infinie

Aux premières loges de l’exigeant processus de qualification olympique que Tali vient de traverser, Kim Barré a vu tous les efforts que sa fille a consacrés pour atteindre son rêve.

« J’ai énormément d’admiration pour elle. Je n’ai jamais vu quelqu’un travailler aussi fort et être aussi discipliné, tant dans le sport que dans ses études [en chiropratique à l’Université de Trois-Rivières]. Elle a des capacités hors normes. Je me mets dans son contexte et je n’aurais pas pu arriver à faire ce qu’elle a fait. »

Pendant que son conjoint, Yvan Darsigny, encadrait Tali pour tout ce qui touche au volet sportif, comme il est son entraîneur, Kim Barré a pour sa part été le support moral dans les derniers mois. « Elle a vraiment géré ça haut la main, même si elle a eu des hauts et des bas. J’ai souvent eu à la remonter. Quand elle traversait un « bas », on allait prendre une marche et elle vidait son sac. Je suis positive dans la vie alors je lui apporte ça et elle repart. »

La sélection de Tali a finalement été confirmée à la mi-juin, à peine un peu plus d’un mois avant les Jeux olympiques. Un grand soupir de soulagement pour l’athlète… mais aussi pour la mère.

« Dans tout ce processus qui a été fou raide – elle s’est promenée d’un bord et de l’autre [de la planète] et ça a coûté beaucoup de sous –, j’avais des craintes qu’elle soit déçue. Je voyais qu’elle mettait toute son énergie dans son sport et je me disais que ça ne pouvait pas faire autrement que de fonctionner, mais j’avais quand même une crainte qu’elle vive une immense déception. »

En voyant son héroïne monter sur le plus grand plateau au monde, le 26 juillet, Kim Barré sera partagée entre deux sentiments. « Le stress, c’est sûr, lance-t-elle sans détour. Je gérais bien mon stress [quand j’étais athlète], mais quand mes enfants compétitionnent, j’ai la boule au ventre. […] Et il y aura de la fierté, évidemment. »

Toutes les barres que Tali lèvera, sa mère les lèvera avec elle, même si un océan les séparera à ce moment. « C’est certain! Il n’y a personne qui veut s’assoir à côté de moi [lors de compétitions] parce que je suis toujours en train de pogner le bras de quelqu’un », conclut-elle en riant.

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