2 janvier 2020
Bilan et perspectives 2020
Le maire de Saint-Hyacinthe répond à notre éditorialiste
Par: Le Courrier

Photo François Larivière | Le Courrier ©

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Question de démarrer l’année 2020 du bon pied, nous vous présentons le compte-rendu d’une entrevue éditoriale qu’a accordé le maire de Saint-Hyacinthe, Claude Corbeil, à l’éditorialiste du COURRIER, Martin Bourassa. Cette rencontre s’est déroulée à la mi-décembre à l’hôtel de ville de Saint-Hyacinthe. Il a répondu à toutes les questions, passant en revue les moments forts et les dossiers chauds de la dernière année. M. Corbeil nous parle aussi des grands chantiers qui retiendront son attention et celui du conseil qu’il dirige en 2020 et d’ici la fin de son mandat actuel.

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Éditorialiste : commençons en douceur, alors comment se porte le maire de la Ville de Saint-Hyacinthe à quelques jours de la présentation du budget 2020?
Maire : je suis en pleine forme, même si l’automne a été éprouvant pas mal, tout comme la dernière année. Nous avons fait beaucoup de choses pour changer le visage de la ville et elle aussi se porte plu-tôt bien, à l’image de notre économie. On fait beaucoup avec peu, vous savez, et c’est un travail d’équipe tout ça. La direction est forte et dédiée à faire avancer notre ville. Tout le monde contribue.

Éditorialiste : aimez-vous ça être maire? Parfois, vous ne donnez pas l’impression de vous amuser?
Maire : (rires) oui, j’aime ça, c’est un grand privilège. Je suis devenu maire par un concours de circonstances et j’y ai pris goût. L’adaptation a été difficile, car j’ai eu beaucoup de choses à apprendre. Mon premier mandat en a été un d’apprentissage, mais là, je suis bien à l’aise avec tous les dossiers. J’essaie de faire de mon mieux et de servir mes concitoyens avec honnêteté et le plus de transparence possible.

Éditorialiste : vous avez commencé l’année de façon spectaculaire devant la Chambre de commerce en invitant les gens à être positifs et en suggérant que tous ceux qui critiquent certaines décisions de la Ville ne sont pas de bons Maskoutains. Avec le recul, regrettez-vous cette sortie et croyez-vous que c’est de cette façon que vous allez convaincre les gens d’embarquer avec vous?
Maire : c’est votre perception et, si vous l’avez reçue de cette façon, je vous invite à la changer. J’ai simplement essayé de faire l’état des lieux et d’inviter les gens à travailler ensemble. J’ai pour mon dire qu’ensemble, on va plus loin. Seul, on ne va nulle part.

Éditorialiste : encore une fois, le dossier Groupe Sélection a monopolisé l’atten-tion en 2019. Pour les bonnes ou mauvaises raisons selon vous?
Maire : l’objectif des élus a toujours été d’amener de la population au centre-ville, de la mixité. C’est un endroit exceptionnel à valoriser. Mais il y en a toujours qui acceptent plus difficilement le change-ment. Mais on doit aider nos commerçants et nos restaurateurs, il y a urgence au centre-ville. On croit que le marché et la promenade sont des leviers importants et ça nous prenait aussi un projet majeur. On parle de Sélection, mais cela aurait pu être n’importe quel autre promoteur.

Éditorialiste : l’incendie de Place Frontenac a eu plusieurs conséquences pénibles, dont celle d’accroître la pression sur le logement abordable. Avec les achats et les démolitions effectués par la Ville, on se demande si la Ville fait partie du problème ou de la solution quand il est question de logement social.
Maire : Il y a une rareté de logement abordable, on en convient tous. La Ville a fait des annonces pour gérer ce problème et on est en mode solution. Nous allons tripler nos investissements dans le logement social l’an prochain et nous sommes déjà la deuxième ville la mieux nantie en matière de logement social au Québec. Nous faisons donc partie de la solution et non du problème, c’est une évidence.

Éditorialiste : pourquoi ne pas demander la contribution des promoteurs privés?
Maire : nous avons eu des discussions à ce sujet avec des promoteurs et ce n’est pas impossible qu’il y ait des gestes concrets en ce sens. Au départ, nous ne voulions pas risquer de tenir les investisseurs à distance en imposant des contraintes, mais on a été agréablement surpris par leur réaction et il n’est pas impossible que certains embarquent avec nous. Si c’est le cas, ce sera un plus!

Éditorialiste : quand on vous dit que par ses actions ou décisions la Ville de Saint-Hyacinthe contribue à l’embourgeoise-ment du centre-ville, vous n’aimez pas ça, je pense?
Maire : si votre définition d’embourgeoisement signifie remplacer des pauvres par des riches, effectivement je n’aime pas ça. Nous voulons développer le centre-ville et qu’il soit pour tout le monde. Nous voulons qu’il soit habité par des gens de tous les niveaux. Ce n’est pas de la gentrification, c’est de la mixité sociale, du développement. On pense qu’il y a de la place pour tout le monde au centre-ville et tout le monde est important.

Éditorialiste : la Ville de Saint-Hyacinthe a-t-elle un plan B dans le dossier Exceldor?
Maire : non, il n’y a qu’une option et c’est celle qui a été soumise à la CPTAQ. L’autre terrain dans le secteur Saint- Thomas-d’Aquin ne s’y prête pas pour des raisons de logistique, d’infrastructures et surtout de biosécurité.

Éditorialiste : parlez-moi du raisonne-ment de la Ville quand il est question de subventions? N’aurait-on pas dû demander une subvention pour le Marché public?
Maire : le Marché public, nous avons pris la décision d’y aller par phases. Il y aura justement un temps d’arrêt en 2020 afin de permettre aux marchands de souffler un peu. Cela dit, nous avons fait le choix d’y aller sans subvention il y a quatre ans et je ne reviendrai pas dans le passé.

Éditorialiste : et pour la bibliothèque à 26 M$, pourquoi lever le nez sur une subvention, alors que d’autres villes en reçoivent? Notre députée provinciale n’est-elle pas efficace?
Maire : nous travaillons très bien avec Mme Soucy. Là n’est pas la question. Mais nous voulons aller de l’avant rapidement, ce qui n’est pas possible s’il faut attendre des subventions. On préfère plutôt concentrer nos demandes de subventions pour les dossiers majeurs d’infrastructures où le retour est plus important.

Éditorialiste : ce qui m’amène justement sur la promenade Gérard-Côté à 33 M$ : est-ce réaliste de penser que sa réfection va se faire d’ici 5 ans avec de juteuses subventions?
Maire : nous avons besoin de l’appui des deux paliers de gouvernement pour y arriver. Quand ces appuis viendront? Nous ne le savons pas. Mais quand l’argent viendra, on trouvera le moyen de payer notre part. L’échéancier n’est pas arrêté, mais il ne faut pas s’attendre à pouvoir compléter les 2,4 km de sentiers en cinq ans.

Éditorialiste : alors en attendant, on fait quoi avec la promenade Gérard-Côté?
Maire : on tente de l’entretenir du mieux qu’on peut et de la maintenir fonctionnelle, mais il ne faut pas investir trop non plus, car l’objectif demeure de la refaire au complet.

Éditorialiste : parlons de la régie des déchets : la Ville de Saint-Hyacinthe ne s’est pas fait d’amies dans les Munici-palités en voulant modifier le contrat pour la collecte et le traitement des bacs bruns. Votre demande de financement supplémentaire et de résiliation de contrat a été rejetée. Qu’allez-vous faire?
Maire : nous avons un défi et il faudra se jaser entre nous à la table de la régie. Une chose est claire, la Ville de Saint- Hyacinthe ne peut plus éponger le déficit lié au traitement des matières organiques toute seule.

Éditorialiste : dans ce dossier, ne pensez-vous pas que la Ville est en conflit d’intérêts en étant à la fois juge et partie, c’est-à-dire en étant fournisseur contrac-tuel de la Régie et en votant sur votre propre contrat?
Maire : sommes-nous à la fois juges et parties? Je ne m’avancerai pas. Mais nous payons 50 % de la facture, donc il nous apparaît normal de nous prononcer. Le dossier est en cours de discussions et on espère en arriver à une entente. La situation actuelle nous cause un souci budgétaire, c’est certain.

Éditorialiste : ce qui m’amène au dossier de la biométhanisation. Est-ce exact de dire que notre usine n’est pas la vache à lait qu’on pensait qu’elle serait?
Maire : le démarrage et le rodage ont été beaucoup plus longs que ce à quoi on s’attendait. Mais elle fonctionne et nous vendons du gaz. On a apprivoisé la bête et on commence à faire des profits et à rabattre la dette liée à l’usine.

Éditorialiste : a-t-on fait une erreur en investissant des millions en subventions dans une usine de biométhanisation?
Maire : non, ce n’est pas une erreur et on le referait. Nous avons appris beaucoup ces dernières années et elle génèrera des profits intéressants. Des Municipalités viennent nous visiter avec de grands yeux et elles nous envient.

Éditorialiste : pour l’année 2020, à quoi doit s’attendre le contribuable maskoutain? Doit-on anticiper un choc budgétaire quand le compte de taxes va arriver dans notre boîte aux lettres en janvier?
Maire : non, il n’y aura pas de choc budgétaire. Nous avons pris nos responsabilités et la Ville se porte bien. Les taux de taxes sont raisonnables et nous sommes en mesure de respecter nos engagements.

Éditorialiste : les gros dossiers sur votre table de travail en 2020, quels sont-ils?
Maire : la réfection des infrastructures souterraines, le développement du pôle culturel, le plan de développement du centre-ville, la mobilité durable, la liste est longue…

Éditorialiste : verra-t-on enfin la lumière au bout du tunnel Casavant?
Maire : on verra le tunnel sortir de terre, mais ça ira vraisemblablement à 2021 avant que l’on soit en mesure d’y circuler. Même chose avec le deuxième lien vers le cégep. La bonne nouvelle, c’est qu’au moment où l’on se parle, le budget de départ tient la route.

Éditorialiste : gouvernance économique : où en êtes-vous avec l’idée de fusionner Saint-Hyacinthe Technopole et Dévelop-pement économique de la MRC?
Maire : notre objectif était que cela se fasse pour le 1er janvier, mais cela n’arrivera pas. Des considérations d’ordres juridiques allongent un peu les délais, mais l’objectif demeure de ne former qu’une seule entité. Cela viendra en début d’année en passant d’abord par le conseil des maires de la MRC.

Éditorialiste : quel bilan faites-vous de votre mi-mandat, après les deux dernières années?
Maire : je pense que la Ville s’est bien développée. L’activité est plus importante que par le passé et, à ma grande surprise, beaucoup de dossiers sont apparus sur le radar et se sont mis en branle. On ne sent pas d’essoufflement nulle part.

Éditorialiste : quand je vous regarde aller, j’ai senti pour ce second mandat une volonté d’être moins dépendant de la direction générale, du moins dans vos interventions au conseil. Est-ce une idée que je me fais?
Maire : la place du maire doit être à l’avant du véhicule, à la place du conducteur. J’ai appris ce métier à la dure et je me suis familiarisé avec tous les dossiers. Je sais de quoi je parle maintenant et je prends un peu plus de liberté que pendant mon premier mandat. Mais je ne peux pas connaître tous les fins détails, alors je n’hésite jamais à me tourner vers la direction générale. Sauf que le grand patron à l’hôtel de ville demeure le conseil.

Éditorialiste : vous avez encore deux ans devant vous pour réaliser des projets. Allez-vous passer les deux prochaines années à essayer de revitaliser le centre-ville?
Maire : effectivement, l’objectif est de mettre en valeur notre centre-ville et d’y attirer de nouveaux résidents et des consommateurs. On lui portera donc un intérêt particulier. Il représente le coeur de la ville et le nerf de la guerre.

Éditorialiste : vais-je avoir une primeur pour démarrer l’année en force? Votre mandat actuel, et second mandat à la mairie, sera-t-il votre dernier?
Maire : (rires) non, je n’ai pas de primeur pour toi. Je commence à aimer vraiment ce travail. J’y vais un mandat à la fois.

Éditorialiste : dans un monde idéal, quand comptez-vous annoncer vos intentions?
Maire : au moment opportun. Je pense que six mois d’avis, ce serait correct, mais je promets de t’appeler dès que je le saurai. Pour l’instant, j’ai un rôle à jouer et encore pas mal d’idées pour ma ville…

Éditorialiste : en terminant, que souhaitez-vous aux Maskoutains pour la prochaine année?
Maire : je souhaite que la prochaine année soit encore meilleure que celle qui vient de se terminer, et ce, à tous les niveaux. Je souhaite aussi que tous nos concitoyens soient en santé et qu’ils puissent profiter de tout ce que leur municipalité a à offrir.

« Nous voulons développer le centre-ville et qu’il soit pour tout le monde. Nous voulons qu’il soit habité par des gens de tous les niveaux. Ce n’est pas de la gentrification, c’est de la mixité sociale. »

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