27 septembre 2012
Intégration des enfants handicapés aux camps d’été
Le MALI à bout de ressources
Par: Le Courrier
Isabelle Archambault, coordonnatrice du MALI

Isabelle Archambault, coordonnatrice du MALI

Le Mouvement Action Loisirs (MALI) pourrait mettre fin dès cet automne à l’entente qui le lie à la Ville de Saint-Hyacinthe à titre de gestionnaire des services de loisirs d’été offerts aux enfants handicapés. Si l’organisme veut bien faire partie d’une solution, il refuse désormais d’être la seule solution.

Le combat mené par Maude Filion, la mère de William, 6 ans, pour que son fils puisse fréquenter le camp d’été de son quartier plutôt que celui où sont regroupés tous les enfants handicapés, est venu jeter la lumière sur un dédoublement inconséquent des rôles de l’organisme.

« Le rôle du MALI, c’est de défendre les intérêts des personnes handicapées en matière de loisir. Quand il faut aller contre nos principes à cause d’un protocole qui veut que tous les enfants se retrouvent au même camp, ça ne fonctionne plus. Il y a un gros malaise », se désole Isabelle Archambault, la coordonnatrice du MALI.« En disant à un enfant que lui, contrairement à ses amis, il doit fréquenter un lieu en particulier, on lui appose une étiquette. On est en train de lui dire « toi, tu es différent ». Moi, je ne suis pas d’accord. Le MALI n’adhère pas à ça. »Il faut savoir que la mission première du MALI est de favoriser la concertation entre les partenaires en loisir dans l’intérêt des personnes ayant des déficiences intellectuelles. À ce titre, il est financé par l’Agence de santé et de services sociaux. Mais depuis 2007, le MALI est aussi en charge de la gestion financière des services offerts aux enfants handicapés de la Ville de Saint-Hyacinthe et de la MRC en matière de loisirs d’été. « Le MALI a accepté ce mandat en pensant bien faire. Et de fait, c’était un beau projet au début. Mais l’ampleur que ça a pris aujourd’hui fait que ce n’est plus positif pour l’organisme. Nous n’avons pas les ressources pour gérer ça », raconte Mme Archambault, la seule et unique employée à temps plein de l’organisme.À titre de gestionnaire délégué, le MALI n’opère pas lui-même un camp d’été, mais il supervise l’offre d’accompagnement au camp des Loisirs Douville, où tous les enfants qui ont des besoins particuliers se retrouvent l’été. Mme Archambault pèse ses mots lorsqu’elle explique pourquoi le modèle en place doit être revu et corrigé, parce qu’elle a la conviction que tous les acteurs dans le dossier n’ont que le bonheur des enfants à coeur. Reste que cet été, aucun élu ni aucun décideur ne s’est déplacé pour voir de ses yeux ce que signifiait en réalité « l’accompagnement d’un enfant handicapé au camp d’été », objet de la renégociation annoncée.

De forme et de fonds

Les problèmes de l’actuelle entente se font sentir tant au plan de la forme que du fond… ou plutôt des fonds.

« Au lieu d’établir les besoins et le nombre d’enfants handicapés à desservir pour ensuite octroyer un budget correspondant, la Ville donne un budget et il faut s’organiser avec ça. »En 2012, la Ville (35 000 $), la MRC (18 000 $), Zone Loisirs Montérégie (7 155 $) et la contribution des parents (20 000 $) ont généré une enveloppe budgétaire d’environ 80 000 $ pour le programme d’accompagnement. Or, seulement en salaires, c’est à peu près le même montant qui a dû être déboursé pour répondre à la demande. Au moment d’écrire ces lignes, l’ensemble des autres frais n’avait pas été comptabilisé. « Ce n’est pas évident d’entrer dans le budget. C’est un stress financier important pour le MALI parce que si l’on dépasse l’argent alloué à la fin de l’été, il n’y a personne pour compenser ça », fait remarquer Mme Archambault.Selon elle, une majorité des 60 enfants handicapés accueillis cet été à Douville pourrait intégrer le camp de leur quartier sans problème, en maintenant le service d’un accompagnateur. « De cette façon, les accompagnateurs relèveraient des loisirs de quartier, comme les animateurs. Cela n’empêche pas d’évaluer individuellement les besoins des enfants et de penser à un service commun pour les cas plus difficiles, qui ne seraient pas heureux dans un camp régulier. »Selon cette logique, la Ville devrait aussi octroyer aux quartiers les sommes nécessaires pour répondre à leurs besoins, un retournement de situation qui pourrait faire bondir la somme à consacrer au programme.Chose certaine, le MALI, lui, ne désire plus poursuivre son mandat selon la formule actuelle. « Nous voulons nous consacrer à notre mission. Si nous pouvons faire partie d’une solution, c’est tant mieux. Mais nous ne voulons plus être la seule solution. Nous avons l’impression que tant que nous serons là, les choses ne changeront pas. Et en bout de ligne, il ne faut pas oublier que le mandat qu’on nous a donné, c’est une responsabilité municipale. »

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