25 août 2011
Résidences pour personnes âgées
Le marché maskoutain en perte de vitesse
Par: Nicolas Dubois

Les promoteurs ont-ils eu les yeux plus grands que la panse dans le développement et la construction de résidences pour personnes âgées? À Saint-Hyacinthe, le marché locatif traverse une mauvaise passe, lui qui affiche l’un des pires taux d’inoccupation au Québec.

Une bonne nouvelle pour la clientèle qui a l’embarras du choix. Une moins bonne pour les promoteurs qui se retrouvent avec des chambres non louées.

Selon la dernière enquête de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) portant sur les résidences pour personnes âgées, le taux d’inoccupation des unités à Saint-Hyacinthe frôle les 16 %, ce qui est plus que deux fois la moyenne québécoise. L’offre étant plus grande que la demande, les Maskoutains s’en tirent cependant gagnants. Les tarifs de location pour une unité sont parmi les plus bas au Québec. Il en coûte, en moyenne, près de 1 400 $ par mois pour une chambre individuelle. Dans la grande région de Montréal, à Gatineau et à Québec, il faut débourser près de 1 700 $ pour se loger dans le même type d’appartement. « Effectivement, le marché tourne au ralenti dans certains secteurs comme Gatineau et Saint-Hyacinthe. Mais ce n’est pas encore désastreux, il y a quand même une bonne demande et cette offre excédentaire est un atout pour la personne âgée qui a de meilleurs services à de meilleurs prix », commente Caroline Crête, vice-présidente des ventes pour Chartwell-Québec, une entreprise de gestion de résidences pour personnes âgées qui détient Les Jardins de la Gare et La Résidence Sainte-Marthe, à Saint-Hyacinthe. « Il y a dix ans, la construction de résidences pour personnes âgées était une mode. Nous vivons actuellement une période creuse qui va durer encore trois ou quatre ans. Les baby-boomers n’ont pas encore l’âge de se diriger vers des résidences », observe pour sa part Nellie Robin, du Groupe Robin, gestionnaire du complexe L’Eau Vive. Mais selon Mme Crête, les promoteurs québécois peuvent s’estimer chanceux en comparaison avec les Américains, pour qui les temps sont durs. « Au Canada, on tire notre épingle du jeu, bien qu’il y ait une offre excédentaire. Aux États-Unis, le marché est très difficile. »

Ralentissement de la construction

L’étude menée par la SCHL note également que les promoteurs ont ralenti la cadence dans la construction de résidences pour aînés. « Du côté de l’offre, on observe un ralentissement dans les registres des mises en chantier », a fait savoir l’économiste principal à la SCHL, Kevin Hughes.

Selon M. Hughes, le fait que le taux d’inoccupation demeure stable, même si on construit moins de résidences pour personnes âgées, témoigne du ralentissement temporaire de l’offre et de la demande qui perdure depuis quelques années. « Du côté de la demande, outre le phénomène de ralentissement démographique, l’augmentation constante de nouveaux produits substituts contribue aussi à maintenir les taux d’inoccupation à leurs niveaux », a ajouté l’économiste Hughes. Les personnes âgées préfèrent aussi conserver leur autonomie et demeurer propriétaires le plus longtemps possible. De plus, les personnes âgées demeurent dans leur propre appartement ou leur condominium, et optent, lorsque nécessaire, pour les services d’une infirmière à domicile.« Le marché locatif traditionnel et celui des appartements en copropriété offerts en location sont également en mesure de répondre aux besoins d’une certaine clientèle âgée, ce qui freine la demande sur le marché des résidences pour aînés », a précisé M. Hughes. Selon Nellie Robin, les promoteurs doivent offrir un service adapté aux besoins de la clientèle pour se démarquer.« Il y a certains facteurs très importants pour les locataires, comme la sécurité, le service à la clientèle et l’évolution possible des services pour une personne en perte d’autonomie. Des appartements d’une grande superficie sont populaires. Un couple qui quitte sa maison pour emménager en résidence ne veut pas se retrouver dans un logement trop petit », précise Mme Robin. À noter que dans une quinzaine d’années, la vapeur pourrait se renverser et les promoteurs de résidences pour personnes âgées pourraient faire des affaires d’or. On estime que vers 2026, une personne sur quatre au Québec sera âgée de 65 ans et plus.

image