27 février 2020
Rue Saint-François
Le mur citoyen
Par: Martin Bourassa

Depuis les années 1970, un long mur s’étend sur une distance de 6600 pieds le long de la rivière Yamaska au centre-ville de Saint-Hyacinthe. Il a prouvé maintes fois son utilité depuis, en protégeant le centre-ville des crues printanières. Lentement, mais sûrement, un second mur prend forme non loin du premier, sur la rue Saint-François. Contrairement à l’autre, ce mur n’est pas en béton armé. C’est un mur citoyen. Il cherche, paraît-il, à protéger le centre-ville de l’embourgeoisement accéléré.

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C’est le genre de mur qui peut devenir infranchissable et qui commence à agacer sérieusement la Ville de Saint-Hyacinthe. On ne parle pas ici de la barricade d’indignation qui a monopolisé l’élection de 2017, forcé la Ville à mettre la transformation du centre-ville sur la glace et un promoteur immobilier, Réseau Sélection pour ne pas le nommer, à modifier ses plans.

On parle d’un mur coulé dans le roc de l’opposition citoyenne qui s’appuie sur des lois et des règlements. En mai 2019, le citoyen et résident du centre-ville Richard Mongrain initiait un bras de fer juridique en mettant la Ville de Saint-Hyacinthe en demeure de revoir les changements réglementaires apportés à son plan d’urbanisme afin de créer la zone « centre-ville riveraine » et permettre la construction d’immeubles de six à huit étages.

Visage de la résistance, M. Mongrain a concrétisé ses menaces de poursuites depuis, en comptant en outre sur le financement populaire. Puis, en octobre dernier, des manifestants ont paradé dans les rues. Leur but? Dénoncer l’éviction d’une vingtaine de locataires sur la rue Saint-François afin de détruire cinq immeubles nécessaires à la construction du complexe d’envergure envisagé par Groupe Sélection.

Tout récemment, certains locataires visés par des avis d’éviction adressés par leur propriétaire actuel, et non Groupe Sélection, ont décidé de porter leur cause devant la Régie du logement, ou ont été encouragés à le faire. Sans présumer de la décision du régisseur, ils ont une cause entre les mains, peut-on constater à la lumière de leur argumentation. Ce mur citoyen représente donc assurément un obstacle devant le promoteur, voire un rempart à l’embourgeoisement du centre-ville, un terme qui donne des boutons au maire Claude Corbeil. Où certains voient de l’embourgeoisement forcé, lui voit plutôt le besoin urgent d’une mixité de résidents. C’est un point de vue qui se défend.

Une infime minorité de gens font donc obstacle à la prémisse d’une revitalisation du centre-ville. Ça ne prend en effet qu’une personne entêtée avec des recours accessibles pour le faire et c’est justement ce que nous avons ici. Et les délais s’étirent sans cesse. Le promoteur va-t-il finir par s’impatienter? Il ne semble pas au bout de ses peines en tout cas. Le mur citoyen est droit devant. Groupe Sélection a trois options : foncer dessus au risque d’y laisser quelques dents, tenter de le contourner en sortant ses arguments et/ou son chéquier ou encore battre en retraite vers un autre terrain. Un constat s’impose toutefois : quand ça part croche, ça reste croche longtemps.

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