5 décembre 2013
Le mur
Par: Pierre Bornais

Au sens « d’aller droit dans le mur », fait partie du vocabulaire économique au Québec.

D’ailleurs, plusieurs analystes n’hésitent pas à utiliser cette expression après la mise à jour budgétaire que vient de livrer le ministre Marceau à Québec. Ce n’est pas le report du « déficit zéro » qui en est la cause; il en est plutôt un effet jugé indésirable, chez ceux qui souhaitent atteindre cet objectif le plus tôt et à tout prix. On parle de « déflation » dans « l’inflation », avec à la clé, un problème structurel de financement public qui s’étendra dans le temps. En clair – derrière le jargon spécialisé – il faut comprendre que les prévisions de recettes ne sont pas au rendez-vous. Notamment celles que devaient apporter le développement du Nord, beaucoup plus modestes qu’attendues. D’abord, les dépenses de l’État ne peuvent plus faire l’objet de compressions supplémentaires sans mettre en danger tout le système social. Et pas question de hausser les impôts, la poule n’en peut plus de se faire plumer! Quiconque arriverait à un tel constat dans sa vie privée se sentirait dans l’obligation urgente d’agir, craignant une faillite qui emporterait tous les acquis. Mais voilà, le gouvernement du Québec – bien au fait de la situation en passant – se retrouve dans l’incapacité réelle d’agir. Il ne peut diminuer davantage ses dépenses et sa capacité d’accroître ses revenus est nulle à toute fin pratique. Les contraintes qu’il s’est lui-même imposées, depuis son accession au pouvoir il y a à peine seize mois, alourdissent négativement la situation. C’est ainsi qu’avant même d’être bien au fait des finances publiques, le gouvernement de madame Marois s’est engagé dans des dépenses importantes liées à son programme, tout en consolidant des situations déficitaires pour bien paraître. Naïveté ou manque de vision? À vous de choisir.

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