8 août 2019
Projet Sélection au centre-ville
Le promoteur et l’Office d’habitation s’activent en vue des relocalisations
Par: Rémi Léonard

Une portion de la rue Saint-François convoitée par Groupe Sélection pour y bâtir son prochain projet immobilier. Photothèque | Le Courrier ©

Groupe Sélection avait annoncé en juin son intention de démarrer la construction de son complexe fridöm sur la rue Saint-François dès cet automne. Le promoteur a donc déjà commencé à rencontrer les locataires des immeubles qu’il souhaite démolir pour réaliser son projet afin de trouver un moyen de les relocaliser.

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L’Office d’habitation des Maskoutains et d’Acton (OHMA) est partie prenante de ce processus, ce qui a laissé croire à certains citoyens que la Ville de Saint-Hyacinthe s’impliquait, même financièrement, afin de faire partir tous les locataires et ainsi libérer la voie à ce projet de six à huit étages pour retraités actifs. À la dernière période des questions du conseil municipal, ce lundi, Suzanne Viens a ainsi demandé aux élus si un quelconque budget était réservé à cette fin par la municipalité. Pas du tout, ont en somme répondu le maire Claude Corbeil et la directrice générale adjointe, Chantal Frigon. Cette dernière a précisé que, même si la Ville est tenue au courant de l’évolution du dossier, elle n’est pas directement impliquée. L’OHMA est en effet un « organisme indépendant » et il s’agit par ailleurs de « nos experts du milieu », d’où leur implication, a expliqué Mme Frigon.

En réponse aux interrogations de Mme Viens, la directrice générale adjointe a assuré que toute compensation qui pourrait éventuellement être accordée aux locataires serait à la « pleine charge » du promoteur. Elle a aussi assuré que personne ne prendrait la place de qui que ce soit sur la liste d’attente (déjà longue) de l’OHMA parce qu’il a quitté son logement après une entente avec Groupe Sélection.

Le conseiller du centre-ville, Jeannot Caron, a réitéré sa position, comme ce fut le cas après l’incendie de la Place Frontenac, comme quoi il allait « s’assurer que tous les locataires soient relocalisés à leurs conditions ». À la différence que cette fois-ci, il s’agit de faire place à un projet privé, a soulevé Mme Viens. La Ville a néanmoins « une obligation morale » de voir à ce que les personnes touchées soient relocalisées correctement, a affirmé Chantal Frigon, obligation transmise à Groupe Sélection, a-t-elle ajouté.

Et les principaux intéressés?

Il semble tout de même que certains locataires âgés ne soient tout simplement pas disposés à déménager. C’est ce qu’a avancé un autre intervenant à la période des questions, dont le frère habite la rue Saint-François depuis nombre d’années et tient à y rester. « Et il n’est pas le seul », a-t-il ajouté. Comme pour lui donner raison, un autre locataire a d’ailleurs contacté LE COURRIER pour faire part du même désir de garder son logis.

Tous deux ont déploré la façon dont les rencontres se sont tenues et l’insistance des autorités concernées. « Quand le locataire se retrouve seul contre trois (le promoteur, son propriétaire et le représentant de l’OHMA), je ne suis pas certain qu’il soit en mesure de se défendre ou de connaître ses droits », a souligné l’un d’eux devant le conseil. Le maire Corbeil a souligné qu’il n’appréciait guère cette idée d’opposition. Personne n’est « contre » les locataires, il s’agit simplement de trouver une solution, a-t-il présenté.

Une poursuite lancée

En plus de devoir surmonter la réticence des résidents, un autre obstacle attend aussi le projet fridöm. Après une mise en demeure, le résident du centre-ville Richard Mongrain a maintenant déposé une poursuite formelle contre la Ville de Saint-Hyacinthe, a pu constater LE COURRIER au palais de justice. Le document reprend les mêmes arguments que M. Mongrain avait expliqué il y a quelques semaines dans nos pages, à savoir que les récentes modifications au plan d’urbanisme ne représentaient qu’un « tour de passe-passe pour contourner la problématique de l’approbation référendaire, plus particulièrement en ce qui a trait à l’augmentation de la densité ». Tout en soulignant « l’aspect opaque et précipité du processus », la poursuite demande donc l’abrogation de ces règlements.

Dès qu’un permis de construction sera délivré dans le secteur, M. Mongrain compte demander une injonction pour empêcher la construction le temps qu’un tribunal statue sur la question. Pour l’instant, une demande introductive d’instance a été déposée et la suite des procédures a été remise au 19 septembre.

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