14 février 2013
Réforme de l'assurance-emploi
Le secteur horticole en danger
Par: Jean-Luc Lorry
Yvan Boulay, coordonnateur du Mouvement Action Chômage et Manon Lavoie, copropriétaire d'Aménagements passion paysages.

Yvan Boulay, coordonnateur du Mouvement Action Chômage et Manon Lavoie, copropriétaire d'Aménagements passion paysages.

La réforme du régime d’assurance-emploi, en vigueur depuis le début de l’année, pourrait avoir de lourdes conséquences sur le secteur horticole. Le resserrement des règles affectera non seulement les travailleurs saisonniers, mais aussi leurs employeurs ainsi que les institutions de formation.

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Manon Lavoie est copropriétaire avec son conjoint d’Aménagements passion paysages à Saint-Hyacinthe. Cette entrepreneure qui démarre sa 10e saison craint que l’avenir de son entreprise soit compromis si elle ne réussit plus à recruter des travailleurs qualifiés.

En période de chômage, le travailleur saisonnier devra maintenant chercher un emploi dans un autre secteur que le sien pour bénéficier de l’assurance emploi. « L’application de la loi C-38, le contraint à accepter une diminution de salaire de 30 % et un emploi situé jusqu’à une heure de distance de son domicile », précise Yvan Boulay, coordonnateur du Mouvement Action Chômage.Ces nouvelles mesures pourraient inciter un travailleur à se trouver un poste permanent et mettre ainsi fin à sa carrière d’employé saisonnier. L’entreprise de Mme Lavoie compte uniquement deux personnes qui ont le statut de permanent, elle et son conjoint. Pour la période d’avril à début décembre, elle doit mettre la main sur six employés saisonniers pour répondre à la demande de sa clientèle. « Pour le moment, nous avons déjà de la difficulté à recruter des travailleurs temporaires pour la saison. Si cette main-d’oeuvre disparaît progressivement, cela risque de mettre rapidement notre entreprise en péril », redoute Mme Lavoie.Yvan Boulay, observe que cette réforme initiée par le gouvernement conservateur désorganise complètement un secteur d’activité. « Cette réforme génère un stress chez les travailleurs saisonniers et aussi auprès des entreprises qui les embauchent », mentionne M. Boulay.

Formation en déclin

Depuis une dizaine d’années, les métiers de l’horticulture et du paysagement attirent de moins en moins d’étudiants.

« En 1999, le programme Paysage et commercialisation en horticulture ornementale (PCHO) offert par l’Institut de technologie agroalimentaire (ITA) de Saint-Hyacinthe était très populaire auprès des jeunes et était limité à 40 étudiants », se souvient Manon Lavoie qui donne un cours sur l’aménagement d’un parcours de golf à l’ITA.« Actuellement, seulement 15 étudiants suivent cette formation. La direction de l’ITA songe à retirer ce programme si son attrait diminue », poursuit-elle. Au ministère de l’Agricuture qui gère les campus de Saint-Hyacinthe et de La Pocatière qui composent l’ITA, on se dit préoccupé par la récente application de la loi C-38. « Il est trop tôt pour évaluer l’impact de la réforme de l’assurance-emploi sur les programmes », indique Caroline Fraser, porte-parole au ministère de l’Agriculture.Le Pavillon horticole écoresponsable qui vient d’être construit pour une somme estimée à 6,3 M$ (certaines sommes étant encore dues) offre deux programmes de formation générale consacrés à l’horticulture, le PCHO et le TPHE (Technologie de la production horticole et de l’environnement).

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