15 février 2018
Défense des droits
Le sous-financement dénoncé
Par: Benoît Lapierre
Roger Lafrance, de l’ACEF-Montérégie-est, au cours de la conférence de presse tenue par six organismes en défense des droits qui dénoncent un sous-financement par l’État.  Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Roger Lafrance, de l’ACEF-Montérégie-est, au cours de la conférence de presse tenue par six organismes en défense des droits qui dénoncent un sous-financement par l’État. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Six organismes maskoutains œuvrant en défense des droits des plus démunis dénoncent l’état de pauvreté dans lequel le gouvernement les maintient eux-mêmes, année après année, faute d’un soutien financier adéquat.

publicité

« À une exception près, le financement gouvernemental n’a pas été augmenté depuis 2004, il n’a même pas été indexé. Les organismes en défense des droits sont les enfants pauvres des organismes communautaires au Québec », a plaidé Roger Lafrance, de l’ACEF Montérégie-est, lors d’une conférence de presse tenue par les six groupes en question.
Outre l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF), ce sont le Mouvement action chômage de Saint-Hyacinthe (MAC), le Regroupement maskoutain des utilisateurs de transport adapté (RMUTA), le Collectif d’action populaire Richelieu-Yamaska (CAPRY), le Comité Logemen’mêle et le Collectif de défense des droits de la Montérégie (CDDM). Tous travaillent auprès d’une clientèle vulnérable composée d’assistés sociaux, de locataires, de chômeurs, de consommateurs vivant dans la précarité, de personnes atteintes d’une maladie mentale.
Leur sortie médiatique a eu lieu la veille du déclenchement, le 7 février, d’une grève « fermeture / interruption » dans les organismes communautaires à travers le Québec pour que soit étalé au grand jour le problème du sous-financement, en ce début d’année électorale. « Si, au Québec, on donne actuellement l’impression de nager dans l’argent, ce n’est pas nécessairement parce que l’économie va bien, c’est parce qu’on a fait des coupures », soutient Roger Lafrance. Il souligne que l’ACEF Montérégie-est fonctionne toujours avec le même budget annuel -65 000 $ – pour couvrir le territoire de six MRC. « On se débrouille comme on peut, on est imaginatif. Notre principal bailleur de fonds, c’est la Caisse populaire Desjardins, une institution privée. »
Le coordonnateur du MAC, Yvan Boulay, a signalé quant à lui que l’organisme mis sur pied en 1982 avait étendu de beaucoup sa gamme de services aux chômeurs de même que son territoire, lequel couvre maintenant toute la région Richelieu-Yamaska. « Mais le financement n’a pas suivi », déplore-t-il.
Au comité Logemen’mêle, l’agente de développement, Andrée Rochon, a souligné que le soutien accordé aux locataires lésés dans leurs droits pourrait prendre fin d’ici quelques semaines, à l’épuisement de l’enveloppe obtenue du Secrétariat à l’action communautaire autonome et aux initiatives sociales (SACAIS). « Nous avons eu des fonds pour l’année de démarrage, puis un renouvellement d’un an, puis un autre l’automne dernier, pour six mois seulement. Qu’arrivera-t-il en avril? Je ne le sais pas », s’inquiète-t-elle, étant sans nouvelle du SACAIS pour un autre renouvellement.
Roger Lafrance a mentionné que les organismes de défenses des droits formaient une constellation d’entités aux réalités très diverses sur lesquelles le gouvernement s’appuyait de plus en plus, mais sans ajouter à leurs ressources. « Depuis quelques années, on vient suppléer aux coupes, celles qui touchent les CISSS, notamment. Dans son nouveau plan de lutte à la pauvreté, le gouvernement Couillard nous annonce un rehaussement de 50 M$ sur six ans du financement des organismes en défense des droits, mais seulement 2,2 M$ pour 2018-2019. Nos besoins sont de beaucoup supérieurs à ça. » Les organismes, dit-il, aimeraient aussi savoir ce que les partis d’opposition leur réserveraient en matière de financement, une fois au pouvoir.
Les organisations qui interviennent dans le dossier sont parmi les 15 organismes à vocation humanitaire – sur environ 35 à Saint-Hyacinthe – qui logent gratuitement au Carrefour des groupes communautaires, du 1195, rue Saint-Antoine. Tous reconnaissent que si la Ville de Saint-Hyacinthe ne mettait pas ce bâtiment municipal à leur disposition, leur situation financière serait pire encore.

image