3 mai 2012
Dérapages
Le témoin Arcand
Par: Le Courrier

Depuis cinq ans, 725 Québécois âgés de 16 à 24 ans sont morts dans des accidents de la route, impliquant le plus souvent la vitesse et l’alcool. Saint-Hyacinthe ne fait pas exception, encaissant chaque année son lot de jeunes vies fauchées.

C’est dans ce contexte que le Maskoutain Paul Arcand, populaire animateur de radio et réalisateur à ses heures, livrait le 27 avril son plus récent documentaire Dérapages. Le film présente à la fois une autoanalyse des comportements des jeunes automobilistes et les familles brisées derrière les noms qui apparaissent dans les avis de décès.

C’est au printemps 2010 que le sujet s’est imposé au réalisateur, alors qu’une vague d’accidents impliquant des jeunes déferlait sur le Québec. Dès lors, Paul Arcand entreprend ses recherches et organise, début octobre, un premier tournage avec les policiers de la Sûreté du Québec.« Dès la première journée, un accident a causé la mort de quatre adolescents à Drummondville. On s’est rendu sur les lieux dans les heures suivantes. On a trouvé leurs amis démolis, qui n’en revenaient pas de ce qui se passait. Cet accident-là a donné le ton au reste du tournage et au film. »Rapidement, les policiers ont confirmé que les jeunes victimes revenaient d’une fête entre amis et qu’ils étaient imbibés d’alcool. « Leur gang était brisée, poursuit M. Arcand. Je viens de Saint-Hyacinthe. À leur âge, des partys, j’en ai fait pas mal. De voir des jeunes mourir dans des circonstances que je reconnaissais, ça m’a fait quelque chose. »Alcool, vitesse, fatigue : placé devant les faits, Paul Arcand agit à titre de témoin, sans porter de jugement. Le portrait qu’il dresse de cette jeunesse téméraire est certes peu élogieux, mais il martèle une réalité déconcertante à coup de déclarations qui laissent pantois. Il faut entendre les jeunes automobilistes décrire l’adrénaline que leur procurent les vitesses de pointe de 260 km/h sur l’autoroute 40 – « tout le monde essaie ça une fois dans sa vie », estime d’ailleurs un adolescent -, ou encore comment, à la fin d’une soirée bien arrosée « le moins chaud prendra le volant pour reconduire les autres ». « Les jeunes sont sensibilisés lorsqu’ils se sentent concernés, lorsqu’ils se reconnaissent. Je ne voulais pas jouer le paternaliste ou le moralisateur. J’ai évacué tous les experts et j’ai laissé le micro aux jeunes », observe M. Arcand.« Et si je me fie aux échos que j’en ai, ça fonctionne. Depuis la sortie en salle, plusieurs me disent qu’ils se reconnaissent dans le film. C’est un premier pas. D’autres le voient avec leurs parents, ce qui ouvre la porte à une discussion qui n’aurait peut-être pas eu lieu autrement. »

Pistes de réflexion

C’est lorsque le documentaire se penche sur les familles ou les jeunes vies bouleversées par les accidents qu’il prend tout son sens.

« Quand on parle d’un accident à la radio, on dresse un bilan des morts et on rappelle les faits. Parfois, on donne la parole aux proches des victimes. Mais tous ceux qui tombent dans la catégorie « blesssés graves », ils passent sous notre radar. »Et pourtant. Le cas de Mikael Borduas, qui n’est que l‘ombre de lui-même depuis qu’un second accident de la route l’a laissé dans un état de semi-lucidité, marque à coup sûr l’imaginaire de l’auditoire. Mais pour combien de temps?« Ce qui m’a le plus étonné pendant le tournage, c’est de voir à quel point plus le temps nous éloigne d’un accident, plus les jeunes qui l’ont vécu de près l’oublient et reprennent les mêmes habitudes. Même si leur meilleur ami est mort ou que leur frère est en détention. Si même eux ne changent pas, comment convaincre les autres? »Devant ce triste constat, Paul Arcand s’est bien gardé de proposer des solutions, mais il établit des pistes à explorer. Au terme de ses recherches et de ses rencontres, il mise d’ailleurs sur la prise en charge par les parents davantage que par l’État. « L’accès graduel et contrôlé à la voiture permet aux jeunes de prendre de l’expérience. Avoir accès à une voiture, surtout lorsqu’on habite à l’extérieur de la ville, c’est avoir accès à une nouvelle liberté », remarque-t-il. Et sans expérience, la liberté a tendance à prendre le champ un peu trop souvent.

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