30 janvier 2020
L’école Raymond échappe à la fermeture
Par: Martin Bourassa

La directrice générale et le président de la CSSH, Caroline Dupré et Richard Flibotte, ont mené à terme la consultation sur l’offre de services au secondaire, qui épargne au final l’école Raymond, du moins temporairement. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Une vingtaine de curieux ont assisté au dénouement de la consultation entreprise par la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Menacée de disparaître, l’école Raymond de Saint-Hyacinthe évite le couperet et pourra continuer d’offrir à une clientèle aux besoins particuliers la formation à un métier semi-spécialisé (FMS) et l’enseignement structuré individualisé (ESI).

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Sauf qu’elle ne sera plus la seule à le faire à Saint-Hyacinthe dès septembre prochain, ce qui laisse entrevoir une fermeture « à petit feu » de cette école spécialisée, redoutent les intervenants de l’école Raymond rencontrés par LE COURRIER.

Réuni en assemblée mardi soir au siège social de la Commission scolaire de Saint-Hyacinthe (CSSH), le conseil des commissaires était appelé à décider du sort de l’école Raymond au terme d’une consultation menée depuis l’automne dernier sur la réorganisation scolaire au secondaire. Au cœur de cette consultation se retrouvait la fermeture de l’école Raymond en faveur d’une redistribution des programmes spécialisés dans toutes les écoles secondaires dites régulières de Saint-Hyacinthe, à l’exception de l’école secondaire Fadette. C’est le seul scénario qui avait été envisagé au départ par les commissaires et il a été mis à mal lors de la consultation publique de novembre alors que des éducateurs, des parents et d’anciens élèves de l’école Raymond ont tous plaidé en faveur de son maintien et de sa pertinence.

Ces commentaires ont visiblement porté fruit. Après avoir réexaminé le dossier en comité de travail, le conseil des commissaires a résolu « d’écarter le projet de fermeture de l’école Raymond et d’élaborer une offre de service plus inclusive en adaptation scolaire au secondaire, permettant de répondre le plus possible aux besoins de tous les élèves », mentionne la résolution qui a été adoptée à l’unanimité par les 11 commissaires présents sur une possibilité de 16. Ce point à l’ordre du jour a été expédié en 10 minutes à peine devant moins de 25 curieux réunis dans la salle. Personne n’a profité de la période de questions pour exprimer son point de vue.

Au moment de l’adoption de la résolution, seulement deux commissaires ont demandé des éclaircissements, dont Jean-François Messier. Il s’est demandé comment la commission scolaire allait s’y prendre pour s’assurer que l’offre de services spécialisés ne soit pas en concurrence, mais bien complémentaire entre les écoles. « Présente-t-on aux élèves tous les services de toutes les écoles? », a-t-il demandé. « On le fait toujours », a répondu Karina St-Germain, directrice des services éducatifs de la CSSH.

La commissaire et vice-présidente de la CSSH, France Martin, a insisté sur le travail de réflexion derrière cette décision attendue et surtout sur l’objectif recherché par celle-ci.

« Nous avons l’obligation de nous assurer que chaque élève développe son plein potentiel et, seulement avec l’école Raymond, nous ne réussissons pas. Avec une offre de services diversifiée, nous devrions nous rapprocher de la possibilité d’offrir à chaque élève tout ce dont il a besoin pour réussir. »

À l’écoute

En entrevue avec LE COURRIER après la réunion, le président de la CSSH, Richard Flibotte, et la directrice générale, Caroline Dupré, avaient tous les deux le sentiment du devoir accompli face au dénouement surprise de cette consultation. « Nous avons écouté les gens, a expliqué M. Flibotte. Nous les avons entendus. Nous n’avons jamais remis en question la qualité des services offerts à l’école Raymond, mais on nous a fait la démonstration en cours de route que Raymond dans sa forme actuelle répond à un réel besoin. Sauf que ça prend aussi autre chose pour répondre à ceux qu’on échappe ou ceux pour qui Raymond ne fonctionne pas. »

On croit donc avoir opté pour une solution gagnante en conservant l’école Raymond et en ajoutant progressivement des programmes FMS dans les autres écoles secondaires. Un premier groupe de 20 places sera ouvert à la polyvalente Hyacinthe-Delorme (PHD) en septembre et à moyen terme à l’école Casavant, une fois l’agrandissement complété. Actuellement, Raymond accueille 168 élèves.

Cette solution va-t-elle satisfaire tout le monde?, a demandé LE COURRIER.

« Oui, je pense que c’est le meilleur des deux mondes, que les gens qui ont manifesté leurs inquiétudes seront rassurés », a répondu M. Flibotte.

À l’agonie

Richard Flibotte sera peut-être surpris de l’apprendre, mais LE COURRIER n’a pas eu à chercher longtemps pour trouver des gens manifestement déçus par la nouvelle orientation prise par la CSSH à l’égard de l’adaptation scolaire.

Dans le stationnement du siège social mardi soir, un petit groupe formé d’intervenants et d’éducateurs de l’école Raymond ne s’est pas fait prier pour dire tout le mal qu’il pensait de cette solution qui donne « l’illusion d’épargner l’école Raymond ».

« Ça paraît bien, le politique sauve la face. Ils pourront prétendre qu’ils ont fait marche arrière et qu’ils ont écouté les gens. Dans les faits, c’est un prix de consolation. Ils viennent de mettre Raymond à l’agonie. C’est l’asphyxie à petit feu. »

Ils craignent qu’en ouvrant des classes d’adaptation à la PHD et ensuite à Casavant, deux bassins de prédilection, l’école Raymond se vide progressivement de ses ressources et de ses effectifs. « L’école Raymond n’est pas sauvée, mais en sursis. Nous n’avons rien entendu qui permettra de valoriser Raymond et de changer les perceptions à son égard. Il faudrait que la direction générale et les commissaires viennent nous voir à Raymond et qu’ils prennent la peine de nous questionner et d’écouter nos propositions. Mais ça n’arrivera pas, ce n’est jamais arrivé… »

Du côté de la CSSH, on rappelle que le plan de réorganisation au secondaire sera déployé sur cinq ans et qu’il est révisé chaque année en fonction des mouvements de clientèle et des besoins.

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