12 avril 2012
Santé
L’épiderme sensible
Par: Martin Bourassa

La conclusion de l’histoire a fait pas mal moins de bruit que la perquisition policière à son domicile, mais on sait maintenant qu’il n’y aura pas d’accusation à l’endroit du journaliste Éric-Yvan Lemay, du Journal de Montréal, en lien avec une série de reportages sur les lacunes des hôpitaux en matière de confidentialité.

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La conclusion de l’histoire a fait pas mal moins de bruit que la perquisition policière à son domicile, mais on sait maintenant qu’il n’y aura pas d’accusation à l’endroit du journaliste Éric-Yvan Lemay, du Journal de Montréal, en lien avec une série de reportages sur les lacunes des hôpitaux en matière de confidentialité.

Il avait entre autres visité plusieurs hôpitaux de la Montérégie afin de démontrer la facilité avec laquelle on pouvait mettre la main sur des dossiers médicaux. Cela a soulevé l’ire du Centre de santé et des services sociaux (CSSS) Richelieu-Yamaska qui a porté plainte à la police. On connaît la suite.Dès le départ, je n’avais pas été tellement impressionné par cette soi-disant enquête journalistique qui n’a d’ailleurs pas fait long feu dans l’actualité, tellement elle semblait insignifiante pour quiconque connaît un tant soit peu les rouages du milieu médical. Il est vrai que la confidentialité n’est pas toujours à son mieux dans les hôpitaux et que les dossiers s’y promènent allègrement, mais ils ne font que suivre les patients, que ce soit dans les corridors ou à la salle d’opération. Et je n’ai pas été impressionné davantage, mais nullement surpris cela dit, par la réaction indignée du CSSS.Au lendemain du reportage, le responsable des communications de l’hôpital ne s’était pas gên�� pour me dire toute son indignation devant le manque d’éthique du journaliste, lui reprochant de s’être servi à même le pigeonnier et d’avoir ouvert des enveloppes de courrier interne. J’avais dû insister pour lui faire dire que l’établissement allait quand même revoir ses pratiques de gestion documentaire.S’il a été appelé à se prononcer, disons qu’il a dû se rallier très facilement à l’idée de mettre le journaliste au pas. Je suis bien placé pour savoir à quel point notre CSSS a l’épiderme sensible quand il est question du travail des journalistes, encore plus quand ils cherchent à exposer des lacunes pouvant ternir son image. Pour plusieurs personnes près de la direction et au conseil d’administration, les journalistes ne semblent pas être un mal nécessaire, mais un mal tout court. Ce n’est pas pour rien que le CSSS est l’un des partenaires du magazine Bravo qui lui permet d’exposer ses bons coups sans l’analyse ou le filtre critiques des journalistes.Il y a quand même un pas énorme entre ne pas aimer un reportage et déposer une plainte criminelle contre un journaliste. Un pas que n’aurait pas dû franchir le CSSS quand il a réalisé qu’aucun autre établissement visé par le reportage ne répliquait.Quand nous sommes seuls à faire quelque chose, cela peut vouloir dire deux choses : que nous sommes un pionnier dans notre domaine ou carrément dans le champ. De toute évidence, le CSSS appartient dans ce dossier à la seconde catégorie. Et je me suis beaucoup amusé de l’attitude du Journal de Montréal, qui a sorti l’artillerie lourde pour éviter des accusations criminelles. Il était assez ironique de le voir appeler à la rescousse la Fédération professionnelle des journalistes, lui qui n’a pas tellement l’habitude de se soucier de l’opinion de la FPJQ ou du Conseil de presse.

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