26 septembre 2019
Pesticides
Les agriculteurs d’ici refusent l’étiquette de pollueurs
Par: Rémi Léonard

Mario Dupont et Joël Leblanc, producteurs agricoles de la région. On remarque derrière eux des plantations d’arbres qui visent à créer un brise-vent et l’utilisation de radis comme engrais vert dans le champ. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Alors que s’ouvre à Québec une commission parlementaire sur les pesticides, les producteurs agricoles de la région redoutent qu’on veuille leur faire jouer le mauvais rôle dans cette histoire.

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Si ces produits font encore bel et bien partie de la réalité dans l’agriculture conventionnelle, il n’en demeure pas moins que les agriculteurs sont bien conscientisés à leur impact sur l’environnement, ont assuré Joël Leblanc et Mario Dupont, respectivement producteur agricole à Saint-Barnabé-Sud et à Saint-Liboire.

Rencontrés par LE COURRIER à l’invitation de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de la Montérégie, ceux-ci n’ont pas caché être affectés par la perception parfois négative du public à leur endroit, une impression accentuée par l’enquête parue samedi dans La Presse. Pourtant, les efforts louables sont là, soulève Joël Leblanc en montrant le système de chauffage à la biomasse qu’il utilise sur sa ferme avicole ou bien le champ tapissé de feuilles de radis qui sert d’engrais vert.

Il a aussi accepté qu’une parcelle de ses terres serve de laboratoire pour tester des alternatives à l’atrazine, un pesticide largement utilisé même si sa toxicité s’avère plus élevée que le fameux glyphosate, l’ingrédient actif du Roundup, détaille-t-il. Depuis longtemps, des rangées d’arbres font par ailleurs office de brise-vent dans ses champs, une façon de limiter l’érosion éolienne. Dernièrement, il a entrepris d’en planter davantage pour remplacer les frênes décimés comme partout ailleurs par l’agrile.

Tout un système

Des efforts qui témoignent d’un réel souci environnemental, mais pourquoi continuer à utiliser des pesticides, alors? La réalité, c’est qu’en tenant compte du rendement à atteindre, des normes de qualité à respecter et des prix de vente, la marge de manœuvre individuelle d’un agriculteur se trouve passablement limitée, défendent-ils. « C’est tout un système », illustre Joël Leblanc. Un producteur se doit donc d’analyser rationnellement ses options, car « chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients », dit-il. Heureusement, les producteurs disposent aujourd’hui d’outils qui leur permettent de prendre de meilleures décisions, comme les clubs conseils en agroenvironnement, évoque Mario Dupont, qui préside par ailleurs le syndicat de l’UPA des Maskoutains Nord-Est.

Chose certaine, ce n’est pas par plaisir que les agriculteurs utilisent toujours des pesticides, assure-t-il. Surtout qu’ils sont « les premiers en contact avec ces produits-là », ajoute M. Leblanc. « La majorité des producteurs sont très conscientisés à l’environnement, mais comme dans tous domaines, il y a toujours quelques délinquants », soulève M. Dupont. Par contre, la relève est plus sensibilisée, constate-t-il avec optimisme.

Finalement, comme à peu près tous les domaines, l’agriculture apparaît comme une industrie en transition vers un fonctionnement plus durable. Et pour ceux qui trouvent que ça ne bouge pas assez vite? Sachant toutes les contraintes qui pèsent sur les producteurs, d’où pourrait bien venir le changement? « Du consommateur », répond d’emblée Joël Leblanc en rappelant que les aliments importés ne sont pas nécessairement soumis aux mêmes normes environnementales que ceux cultivés ici.

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