28 août 2014
Centre de développement pharmaceutique
Les dessous d’un prêt de 100 000 $
Par: Jean-Luc Lorry
Le Centre de développement pharmaceutique situé dans la Cité de la biotechnologie de Saint-Hyacinthe. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le Centre de développement pharmaceutique situé dans la Cité de la biotechnologie de Saint-Hyacinthe. Photo François Larivière | Le Courrier ©

Le Centre de développement pharmaceutique (CDP), une corporation privée affiliée au CLD Les Maskoutains, a bénéficié l’an dernier d’un prêt de 100 000 $ provenant d’un fonds de capital-risque géré par ce même CLD. Un prêt qui lui a été accordé dans des circonstances pour le moins particulières.

Cette somme lui avait été consentie un an auparavant par le comité d’investissement du Fonds local d’investissement FLI-FLS au terme d’une réunion qui n’avait pourtant pas le quorum requis pour siéger, vu le trop grand nombre de sièges vides autour de la table.

Le procès-verbal de cette rencontre tenue le 21 août 2012, et dont LE COURRIER a obtenu copie via une demande d’accès à l’information, indique que seulement trois membres sur huit étaient présents à cette réunion.

Ce jour-là, les membres qui s’étaient déplacés au siège social du CLD Les Maskoutains étaient Philippe Laverdière, avocat chez Sylvestre & Associés, Michel Potvin, président du conseil d’administration de RAD Équipements, et Claude Roger, maire de La Présentation. Lesabsents étaient : Guy Côté, PDG de Tuba; Linda Bergeron, coordonnatrice au Centre Financier aux Entreprises Desjardins Vallée-du-Richelieu Yamaska, Jacques Létourneau, agent de sécurité à la Polyvalente Hyacinthe-Delorme et représentant de la FTQ, Jean-Philippe Gentès, directeur général et co-propriétaire de la société Galenova, et Lyne-Mireille Leduc, v-p Finances de Câbles Ben-Mor.

Parmi les personnes présentes, mais ne faisant pas partie du comité, on retrouvait l’ex-directeur général du CLD Les Maskoutains et de la Cité de la biotechnologie, Mario de Tilly. C’est lui qui a défendu le bien-fondé d’une demande de financement de 100 000 $ pour le compte du CDP devant ce comité.

« Il (M. de Tilly) explique le projet de construction du centre pharmaceutique qui accueillera l’entreprise Stérinova. Les membres du comité demandent ensuite pourquoi l’apport du FLI-FLS est important dans un projet de cette envergure (le reste de la phrase a été caviardé) », peut-on lire au procès-verbal.

Plus loin dans ce document, on note qu’en raison d’un désistement de dernière minute de Guy Côté et l’absence de quorum, les participants à la réunion du 21 août ont tout de même décidé de voter sur les dossiers présentés et de soumettre leur décision à M. Côté par courriel afin d’obtenir son approbation ultérieure.

Les dossiers présentés à cette réunion furent tous acceptés et les fonds obtenus par les demandeurs, ce qui laisse entrevoir que M. Côté a donné son accord.

Questionnée par LE COURRIER, la direction du CLD a dit ne pas se souvenir si tous les membres absents à cette rencontre, outre M. Côté, avaient eux aussi été invités à se prononcer sur les décisions prises en leur absence. On nous mentionne cependant que l’accord de quatre administrateurs sur huit était suffisant malgré l’absence de majorité apparente puisque dans les faits, le comité de sélection devrait normalement être constitué de sept personnes au lieu de huit.

Président du comité FLI-FLS depuis le mois d’août 2011 et co-actionnaire de Stérinova, pour qui le Centre de développement pharmaceutique a été construit et dont la société sera l’unique locataire, Jean-Philippe Gentès nous a mentionné lors d’un entretien téléphonique ne pas avoir été impliqué dans l’octroi de ce prêt de 100 000 $.

« Le but de ce comité est de gérer de façon responsable des fonds publics pour promouvoir le développement économique de la région. Cela a toujours été l’objectif du fonds local d’investissement. Chaque dossier est analysé de façon différente et indépendante », nous a précisé M. Gentès sur le sujet.

En juillet 2012, LE COURRIER révélait que pour financer la bâtisse qui logera Stérinova, les administrateurs du CDP avaient obtenu des prêts totalisant 20,2 M$ auprès d’Investissement Québec, de la Caisse Desjardins de Saint-Hyacinthe et la Banque de Développement du Canada. Le montant de 100 000 $ du FLI-FLS s’est de toute évidence ajouté au montage financier du projet.

Précisons que les créances d’Investissement Québec et de Desjardins étaient conditionnelles à un cautionnement de la Ville de Saint-Hyacinthe de 10 M$ qui lui a été accordé par le conseil municipal. La construction du CDP est maintenant terminée.

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