2 juin 2011
Les élus auront une leçon d’éthique
Par: Le Courrier

Les multiples allégations et irrégularités touchant le monde municipal depuis quelques mois auront finalement un impact sur les élus du Québec qui devront suivre une formation sur l’éthique et la déontologie. Parmi les 123 maires et conseillers de la MRC des Maskoutains, la mesure est loin de faire l’unanimité.

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« Je n’ai pas besoin d’un fonctionnaire pour me montrer comment être honnête! », a bondi le maire de Saint-Simon, Normand Corbeil. Même chose pour son homologue de La Présentation, Claude Roger, en poste depuis 1993. « Même après 20 ans en politique, on va retourner à l’école! », a-t-il déploré.

Tous les deux estiment payer pour ceux qui agissent mal et doutent de l’impact réel que peut avoir une telle formation sur le monde municipal québécois. « Le gars qui a envie de fourrer le système va le faire. Ce n’est pas un cours d’éthique qui va changer ça », a martelé M. Corbeil.Avec les allégations qui ternissent la réputation des élus municipaux, vaut mieux laver plus blanc que blanc, estime quant à lui le conseiller de La Providence à la Ville de Saint-Hyacinthe depuis 22 ans, Bernard Barré.« Je n’ai jamais eu de problème d’éthique et je ne me suis jamais senti en conflit d’intérêts, mais pour le bien de l’ensemble et la sécurité que cela peut apporter, je vais suivre la formation. Je vais probablement apprendre quelque chose », a affirmé l’élu d’expérience.Les cours en éthique et déontologie porteront entre autres sur l’indépendance de jugement à l’égard des intérêts personnels, du favoritisme, de la malversation, des abus de confiance ou autres inconduites, des dons et autres avantages, de l’utilisation des ressources de la municipalité et de l’après-mandat.La formation d’une journée touchera les 8 100 élus de la belle province et devra être complétée avant le 2 juin 2012. Ensuite, les nouveaux élus auront six mois après le début de leur mandat pour suivre les cours.L’initiative s’inscrit dans la foulée de la Loi sur l’éthique et la déontologie adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en novembre dernier. La loi oblige notamment les municipalités à adopter un code d’éthique et de déontologie applicable aux élus, et un autre code pour les employés municipaux. La Fédération des municipalités du Québec (FMQ) et l’Union des municipalités du Québec (UMQ) proposent des modèles de codes d’éthique pour les villes et ont déjà commencé à offrir des formations. Tous les élus du conseil municipal de Saint-Hyacinthe y sont d’ailleurs déjà inscrits.Membre du conseil municipal depuis 2009, Sylvain Savoie a suivi sa formation le 21 mai à Saint-Hyacinthe. L’élu du secteur Laurier à Saint-Hyacinthe a d’abord été froissé par l’annonce, mais s’est ravisé. « En tant que nouvel élu, ça va m’aider à prendre les meilleures décisions dans l’exercice de mes fonctions », a-t-il mentionné.De son propre aveu, Normand Corbeil fera tout pour éviter la formation. « Je ne prévois pas suivre le cours. Je vais étirer l’élastique le plus que je peux et essayer de m’en sortir », a indiqué le maire, choqué par l’absence d’initiative similaire pour les élus de l’Assemblée nationale.« Le gouvernement du Québec ne sait pas par quel bout prendre le problème. Il y aurait un bon ménage à faire de son côté, mais il n’ose pas prendre le taureau par les cornes », a indiqué le maire de Saint-Simon.Même chose pour Bernard Barré qui aimerait voir la formation s’étendre aux élus scolaires, provinciaux et fédéraux. « Il n’y a pas un groupe qui mérite plus qu’un autre de s’en sauver », a-t-il confié.

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